Vous embauchez un maçon, une vendeuse, un chef de chantier. Vous jetez un œil au SMG, vous êtes au-dessus, vous signez. Quelques mois plus tard, à l’occasion d’un départ ou d’un contrôle, on vous explique que ce salarié aurait dû toucher 20 000 F.CFP de plus chaque mois : sa branche impose un minimum supérieur. C’est tout l’enjeu des salaires conventionnels en Nouvelle-Calédonie. Au-dessus du salaire minimum garanti, chaque secteur a sa propre grille, et c’est elle qui fait foi pour le poste concerné.
La convention collective, en clair
Une convention collective, c’est un accord négocié entre syndicats d’employeurs et syndicats de salariés d’un même secteur. Elle prolonge le code du travail de Nouvelle-Calédonie là où la loi renvoie à la négociation : classification des métiers, prise en compte de l’ancienneté, primes, jours fériés chômés et, surtout, grille de salaires minima. La couverture est large en Calédonie. Bâtiment et travaux publics, commerce, métallurgie, mines, transports, hôtellerie-restauration, santé privée, agriculture, banque, gardiennage : la plupart des activités ont leur texte.
Le principe tient en deux lignes. Le SMG est le plancher absolu, le même pour tout le monde. La convention de votre branche pose, par-dessus, des planchers plus élevés selon la qualification. Un manœuvre débutant peut rester au SMG ; un ouvrier qualifié, un technicien ou un agent de maîtrise relèvent d’un minimum conventionnel supérieur, fixé par la grille. Ce minimum n’a rien d’indicatif : c’est une obligation de branche, opposable à l’employeur.
La négociation annuelle, prévue par le code du travail
Le code du travail de Nouvelle-Calédonie organise une négociation annuelle sur les salaires. Au niveau de l’entreprise, cette négociation annuelle obligatoire (NAO) sur les rémunérations, la durée et l’organisation du temps de travail est encadrée par les articles Lp. 333-1 et suivants du code du travail de Nouvelle-Calédonie. Au niveau des branches, les partenaires sociaux de chaque secteur se réunissent, souvent en fin d’année, pour réviser la grille de l’exercice suivant. Faute d’accord, la grille en cours reste applicable. C’est précisément le cas dans le BTP : l’accord de branche n’ayant pas été modifié en 2025, la grille issue de l’avenant 51 demeure la référence.
SMG et salaire conventionnel : on retient le plus favorable
Voilà le réflexe à garder. Quand deux normes fixent un minimum pour le même poste, c’est la plus favorable au salarié qui l’emporte. C’est le principe de faveur, propre au droit du travail calédonien : SMG et grille de branche ne s’additionnent pas, on les compare et on verse le montant le plus élevé des deux.
Au 1er juin 2025, le SMG s’établit à 991,73 F.CFP brut de l’heure, soit 167 602 F.CFP brut par mois pour 169 heures (arrêté n° 2025-837/GNC du 21 mai 2025). Le SMAG, qui vise les exploitations agricoles, ressort à 842,97 F.CFP de l’heure, soit 142 462 F.CFP mensuels (arrêté n° 2025-835/GNC). Institué par l’ordonnance n° 85-1181 du 13 novembre 1985, le SMG est, sauf dispositions légales temporaires contraires, indexé sur l’évolution de l’indice des prix à la consommation (IPC) : dès que cet indice, calculé hors tabac par l’ISEE, progresse d’au moins 0,5 %, le SMG est revalorisé dans la même proportion le mois suivant. Le SMAG obéit au même mécanisme. Pour le détail de ces planchers, voir notre page dédiée au SMG, SMAG et salaire minimum en Nouvelle-Calédonie.
- SMG : 991,73 F.CFP de l’heure, soit 167 602 F.CFP par mois pour 169 heures.
- SMAG (agricole) : 842,97 F.CFP de l’heure, soit 142 462 F.CFP par mois pour 169 heures.
La durée légale du travail en Nouvelle-Calédonie est de 39 heures par semaine, soit 169 heures par mois : c’est sur cette base mensuelle que se lisent tous les minima, conventionnels comme légaux.
Comment se calcule un salaire conventionnel
La plupart des conventions calédoniennes fonctionnent en deux temps. On classe d’abord le poste : un niveau, qui correspond à la nature de la fonction, et un échelon, qui traduit le degré d’autonomie ou d’expérience. À ce couple correspond un indice hiérarchique. Le minimum se calcule ensuite en multipliant cet indice par la valeur du point propre à la branche.
Prenons un cas concret dans la convention Commerce et Divers. Un salarié classé niveau 3, échelon 3, porte l’indice hiérarchique 253. Avec une valeur du point à 787 F.CFP, son minimum mensuel ressort autour de 199 100 F.CFP pour 169 heures, soit nettement au-dessus du SMG. On comprend pourquoi la négociation annuelle se cristallise souvent sur ce seul chiffre : relever la valeur du point, c’est revaloriser toute la grille d’un coup.
Beaucoup d’employeurs calédoniens fixent leurs salaires sur le seul SMG, par habitude ou faute de connaître leur convention. Si la grille de branche impose un minimum supérieur pour le poste, l’écart devient un rappel de salaire dû, parfois sur plusieurs années, avec les cotisations CAFAT et la CCS qui vont avec. Vérifier sa grille avant d’éditer une fiche de paie coûte moins cher qu’un contentieux.
Cas pratique 1 : le BTP
Le bâtiment est l’une des branches les mieux structurées du territoire, avec une grille détaillée du manœuvre au cadre. La valeur du point y est de 928 F.CFP selon la grille en vigueur (avenant 51, à confirmer au texte). Quelques repères de salaires mensuels minima bruts, pour 169 heures :
- Niveau I, échelon 1 (débutant) : aligné sur le SMG, soit 167 602 F.CFP.
- Ouvrier P1 (niveau II, échelon 2), indice 202 : environ 187 456 F.CFP (202 × 928).
- Ouvrier P3 (niveau III, échelon 1), indice 231 : environ 214 368 F.CFP (231 × 928).
- Agent de maîtrise AM1, indice 247,17 : environ 229 374 F.CFP.
- Cadre, position A : minimum annuel d’environ 3 843 621 F.CFP (à vérifier au texte de la grille).
Ce relevé dit l’essentiel. Le manœuvre débutant démarre au SMG, mais dès qu’un ouvrier passe qualifié (P1), son plancher grimpe à près de 187 456 F.CFP, soit environ 20 000 F.CFP au-dessus du SMG. Embaucher cet ouvrier au SMG, c’est se mettre en faute. Le secteur a aussi ses propres règles sur les jours fériés chômés et les indemnités.
Cas pratique 2 : le commerce
Côté commerce, la mécanique indice-point ne change pas, mais la grille resserre les écarts : beaucoup d’employés de vente débutent près du SMG, et la progression se joue ensuite sur l’échelon et l’ancienneté. Le poste classé niveau 3, échelon 3 (indice 253) évoqué plus haut sort autour de 199 100 F.CFP mensuels, environ 31 500 F.CFP de plus que le SMG. Un caissier sans qualification particulière sera classé plus bas, donc plus proche du plancher général.
Dans un commerce, le vrai sujet n’est pas le bas de grille, c’est la classification. Un même intitulé de poste, vendeur ou responsable de rayon, peut relever de niveaux différents selon les responsabilités réelles. Et c’est cette classification, pas le titre inscrit sur le contrat de travail, qui commande le minimum dû.
Trouver la convention de votre branche
- Identifiez votre activité principale à partir de votre code d’activité (RIDET) : c’est elle qui rattache l’entreprise à une branche, pas l’intitulé de chaque poste.
- Repérez la convention applicable sur le site de la DTE-NC, qui publie les conventions et accords en vigueur, ou auprès des organisations patronales (CPME-NC, fédérations de branche).
- Téléchargez la grille à jour. Les minima bougent presque chaque année : une grille de 2022 ne vous protège pas en 2025.
- Vérifiez la valeur du point et l’indice du poste, puis comparez le minimum conventionnel obtenu au SMG en vigueur. Vous retenez le plus élevé.
- En cas de doute sur la classification, faites vérifier le poste : une erreur de niveau se paie en rappels de salaire et en redressements de cotisations CAFAT.
Si un recrutement se profile, pensez aussi aux formalités d’embauche calédoniennes (déclaration CAFAT du salarié, contrat conforme à la convention) et au coût réel d’un salaire au-delà du brut affiché, une fois ajoutées les cotisations patronales CAFAT, RUAMM et FIAF.
FAQ
Le salaire conventionnel est-il brut ou net ?
Brut, comme le SMG. La grille de branche fixe un salaire mensuel brut minimum pour 169 heures. Les cotisations salariales (RUAMM, retraite, CCS, contributions sociales calédoniennes) se déduisent ensuite pour arriver au net versé au salarié.
Si je paie au SMG, suis-je toujours en règle ?
Pas forcément. Le SMG reste le plancher absolu, mais quand la convention de votre branche impose un minimum supérieur pour la qualification du poste, c’est ce minimum conventionnel qui prime. Payer un ouvrier qualifié du BTP au SMG, par exemple, revient à le sous-payer.
Que se passe-t-il si la négociation annuelle de branche échoue ?
La grille précédente continue de s’appliquer jusqu’au prochain accord. C’est le cas dans le BTP, où une négociation de branche n’ayant pas abouti, la grille antérieure reste en vigueur. Le SMG, lui, évolue de son côté selon l’indice des prix de l’ISEE.
Comment connaître la valeur du point de ma branche ?
Elle figure dans la grille de salaires annexée à la convention, publiée par la DTE-NC et relayée par les organisations patronales. Elle varie d’un secteur à l’autre. Il suffit ensuite de la multiplier par l’indice du poste.
Une prime entre-t-elle dans le calcul du minimum conventionnel ?
Cela dépend de sa nature et de ce que prévoit la convention. Certaines primes intègrent l’assiette de comparaison, d’autres non, notamment celles liées à des sujétions particulières. Dans le doute, faites relire le bulletin de paie : c’est l’un des appuis qu’apporte l’adhésion à la CPME-NC.
Conclusion
Au-dessus du SMG, c’est la convention collective de votre branche qui fixe le salaire minimum à verser. Identifier sa convention, lire sa grille et appliquer le principe de faveur, c’est se prémunir contre un rappel de salaire et un redressement de cotisations. La CPME-NC accompagne les dirigeants de TPE et PME calédoniennes sur l’application des conventions collectives, la lecture des grilles et le calcul des salaires conventionnels. Mieux vaut une vérification en amont qu’un rappel de salaire en aval : rejoignez la CPME-NC pour faire contrôler vos grilles et vos classifications.
Sources
- Direction du Travail et de l’Emploi de Nouvelle-Calédonie (DTE-NC) – salaire minimum garanti, conventions et accords collectifs, négociation annuelle obligatoire
- Code du travail de Nouvelle-Calédonie (articles Lp. 333-1 et suivants)
- ISEE – indice des prix à la consommation
- CAFAT – cotisations sociales (RUAMM)


