Alain N’Guyen Nam Sao, Vice-président Transport de la CPME-NC

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Alain N’Guyen Nam Sao

Vice-président Transport de la CPME-NC

Alain N’Guyen Nam Sao

Mettre l’expérience du terrain au service de la mobilité et de la transmission

Conducteur, chef d’entreprise et formateur, Alain N’Guyen Nam Sao a construit tout son parcours dans le transport routier. Il commence au volant, sur les camions et les bus, et y acquiert une connaissance concrète du métier : les contraintes opérationnelles, les exigences de sécurité, la responsabilité liée au transport de personnes et de marchandises.

Fort de cette expérience, il reprend l’entreprise de transport de son beau-père, Sans Pareil, pour préserver un savoir-faire familial et poursuivre le développement d’une structure à laquelle il est attaché. Il complète aujourd’hui ce parcours par une activité de formateur en conduite d’engins, transmettant aux nouvelles générations les bonnes pratiques et les règles de sécurité du secteur. Vice-président du secteur Transport de la CPME-NC, il livre sa vision de la mobilité, de la formation et de la reconstruction économique.

« Former, transmettre et faire grandir les compétences locales sont des conditions essentielles à la reconstruction de notre économie. »

Le terrain comme première école

Votre parcours s’est d’abord construit sur le terrain. Qu’est-ce que cette expérience vous a apporté ?

Elle m’a permis de comprendre le métier dans toutes ses dimensions. Comme conducteur de camions et de bus, j’ai été confronté directement aux réalités quotidiennes du transport : la circulation, les horaires, la sécurité, l’entretien du matériel, la relation avec les usagers et la nécessité d’assurer un service fiable en toutes circonstances. Cette expérience évite de perdre de vue la réalité vécue par les salariés du secteur. Quand on dirige ensuite une entreprise, cette connaissance du terrain aide à prendre des décisions plus justes et à mieux comprendre les besoins des équipes.

Reprendre Sans Pareil : un héritage familial

Vous avez choisi de reprendre une entreprise familiale. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’entreprendre ici ?

Cette décision correspondait à une forme d’alignement professionnel. J’avais l’occasion de mettre mes compétences, mon expérience du secteur et ma vision au service d’une structure qui me ressemblait. Reprendre Sans Pareil, c’était aussi pérenniser un héritage familial : préserver un savoir-faire, poursuivre une histoire et lui donner de nouvelles perspectives. Entreprendre m’a permis d’assumer pleinement mes choix tout en restant fidèle à l’identité de l’entreprise.

Que signifie pour vous la transmission d’une entreprise familiale ?

C’est une responsabilité particulière, qui dépasse la simple gestion d’une activité. Quand on reprend une entreprise familiale, on hérite d’un outil de travail, mais aussi d’une réputation, de relations de confiance et d’une manière de faire construite au fil des années. Il y a également une dimension plus intime : reprendre l’entreprise, c’est accepter de porter une part de l’histoire de ceux qui l’ont créée. Si elle venait à disparaître, ce ne serait pas seulement une activité qui s’arrêterait, mais une partie de l’histoire familiale qui s’effacerait. La transmission consiste à trouver l’équilibre entre fidélité et adaptation : respecter l’héritage, le faire vivre dans le présent et préparer l’avenir.

Reconstruire l’économie et préparer les métiers de demain

Quel est aujourd’hui le plus grand défi des entreprises calédoniennes ?

Le principal défi est celui de la reconstruction économique. Les entreprises doivent retrouver les conditions pour redémarrer, se développer et recréer de la confiance. Cette reconstruction doit tenir compte des mutations du monde du travail : les métiers évoluent, les attentes changent et la digitalisation transforme les organisations comme les compétences. Il ne suffit pas de préserver les emplois existants. Il faut aussi préparer les professionnels aux métiers de demain et donner aux entreprises les compétences dont elles ont réellement besoin.

Ces mutations sont-elles particulièrement fortes dans le transport ?

Oui, car le transport est directement concerné par les évolutions technologiques, réglementaires et environnementales. Les véhicules changent, les outils de gestion se digitalisent et les exigences de sécurité et de traçabilité augmentent. Mais le transport reste avant tout un métier de terrain. Il demande des professionnels compétents, responsables et capables de réagir face aux imprévus. La technologie améliore l’organisation, elle ne remplace ni l’expérience, ni le jugement, ni la responsabilité humaine.

La formation, premier levier de reconstruction

Vous êtes aussi formateur. Pourquoi cette mission de transmission compte-t-elle autant pour vous ?

Parce que l’expérience n’a de valeur que si elle se transmet. Former, ce n’est pas seulement enseigner la conduite d’un véhicule ou d’un engin. C’est transmettre des comportements professionnels, une culture de la sécurité et du respect des autres. Dans le transport, une erreur peut avoir des conséquences lourdes : les nouveaux professionnels doivent comprendre pleinement leurs responsabilités. La formation donne aussi confiance, développe l’autonomie et ouvre de vraies perspectives. En transmettant ce que j’ai appris sur le terrain, j’espère contribuer à former des professionnels mieux préparés, capables à leur tour de faire évoluer le secteur.

La formation peut-elle réellement devenir un outil de reconstruction économique ?

Elle en est même l’un des principaux leviers. Une économie ne se redresse pas durablement si les entreprises ne trouvent pas les compétences nécessaires. Former localement réduit les difficultés de recrutement, ouvre des perspectives aux jeunes et aux personnes en reconversion, et conserve les compétences sur le territoire. Encore faut-il que la formation reste liée aux réalités des métiers : les professionnels doivent être associés à la définition des contenus. C’est cette coopération entre les entreprises, les formateurs et les institutions qui rendra les parcours vraiment utiles.

Porter la voix du transport au sein de la CPME-NC

Pourquoi avoir choisi de vous engager au sein de la CPME-NC ?

Parce que je veux agir concrètement pour l’économie locale. La Nouvelle-Calédonie traverse une période de profondes mutations, et il ne suffit pas de constater les difficultés : il faut participer à la recherche de solutions. Mon engagement me permet de porter les réalités du transport, mais aussi de contribuer à une réflexion plus large sur la transformation du modèle économique calédonien. S’engager dans une organisation patronale, c’est transformer les expériences individuelles en une parole collective plus forte.

Quelles réalités du secteur du transport souhaitez-vous faire entendre ?

Le transport est indispensable, mais ses réalités sont parfois mal comprises. Il exige des investissements importants, un entretien constant du matériel, des infrastructures adaptées, des professionnels qualifiés et une organisation rigoureuse. Les entreprises doivent composer avec le coût du carburant, les contraintes réglementaires, les difficultés de recrutement et les besoins de formation. Dans le transport de personnes, la responsabilité est encore plus forte, car nous assurons la sécurité des usagers. Il est donc essentiel que les décisions publiques tiennent compte de ces contraintes et soient construites avec les professionnels du terrain.

Qu’est-ce qui vous semble essentiel dans le rôle d’une organisation patronale aujourd’hui ?

Elle doit d’abord valoriser le capital humain, anticiper les besoins en compétences et investir dans la formation. Beaucoup de secteurs peinent à recruter, alors même que des personnes cherchent à s’insérer ou à évoluer. Il faut mieux rapprocher les besoins des entreprises et les parcours de formation. Une organisation patronale peut identifier les compétences dont les entreprises auront besoin demain, faire remonter ces besoins aux organismes de formation et aider à construire des parcours adaptés.

Que représente finalement la CPME-NC pour vous ?

Un collectif d’entrepreneurs qui choisissent de ne pas rester isolés. Elle permet de partager les expériences, de faire émerger les difficultés communes et de porter des propositions auprès des décideurs. C’est aussi un espace où les secteurs dialoguent et comprennent mieux leurs enjeux. Les métiers sont différents, mais les entreprises rencontrent souvent les mêmes problématiques : le recrutement, la formation, la réglementation, le financement, l’adaptation aux changements.

« Investir dans les femmes et les hommes »

Quel message souhaitez-vous adresser aux entrepreneurs calédoniens ?

Nous devons continuer à croire dans les compétences et les talents présents sur notre territoire. La reconstruction passera par notre capacité à former, à transmettre, à nous adapter et à travailler ensemble. Les mutations actuelles sont difficiles, mais elles peuvent aussi devenir l’occasion de repenser nos pratiques et de préparer de nouvelles opportunités. Investir dans les femmes et les hommes, c’est investir dans la pérennité de nos entreprises et dans l’avenir de la Nouvelle-Calédonie.

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