Dominique Burguière

Dominique Burguière, Référente Agriculture de la CPME-NC

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Dominique Burguière

Référente Agriculture de la CPME-NC

Dominique Burguière

Entreprendre, se relever et faire grandir son territoire

Entrepreneure agricole depuis plus de vingt-deux ans en Nouvelle-Calédonie, Dominique Burguière a bâti son parcours autour d’une conviction simple : quand les opportunités n’existent pas, on peut les créer. À deux reprises, privée de revenu, elle a préféré construire son activité plutôt que d’attendre.

En 2004, alors mère au foyer, elle lance La Ferme de Bogen, une exploitation avicole qui deviendra en quelques années la quatrième production de poulets de chair du territoire, avec plus de cent cinquante volailles commercialisées chaque semaine. Pendant près de dix ans, elle assure seule toute la chaîne : élevage, suivi sanitaire, production, transformation, conditionnement, livraisons et relations avec la grande distribution. Une allergie professionnelle finit par l’obliger à tourner la page.

Quelques années plus tard, un divorce la laisse de nouveau sans revenu. Elle choisit une seconde fois d’entreprendre et de repartir de zéro. Ainsi naît Madame Salade, une exploitation de maraîchage hors-sol installée à Bourail, dédiée aux légumes, aux salades, aux plants potagers, aux plantes aromatiques et aux substrats. Aujourd’hui référente Agriculture et référente de la commune de Bourail pour la CPME-NC, elle revient sur son parcours et sur sa vision de l’entrepreneuriat rural.

« À deux reprises, lorsque la vie m’a privée d’un emploi, j’ai choisi de créer mon entreprise plutôt que d’abandonner. »

Un écosystème agricole, de la production à la transmission

Madame Salade va aujourd’hui bien au-delà de la production agricole. Quel projet cherchez-vous à construire autour de l’exploitation ?

Mon ambition est de créer un véritable écosystème autour de Madame Salade. La production reste au cœur de l’activité, mais je veux réunir progressivement plusieurs activités complémentaires sur un même site : un atelier de transformation, un espace d’accueil pédagogique à la ferme, des visites techniques pour les particuliers et les professionnels, ainsi que des formations en présentiel. Je développe aussi une plateforme de formation en ligne, des accompagnements personnalisés pour les entrepreneurs et les agriculteurs, et des outils numériques pour transmettre plus largement les savoir-faire. L’objectif n’est pas seulement de produire, c’est aussi de transmettre.

La transmission occupe une place centrale dans votre parcours.

Entreprendre apporte énormément de connaissances, par les réussites comme par les erreurs. Mais cette expérience ne prend toute sa valeur que lorsqu’elle sert à d’autres. Je suis aujourd’hui formatrice professionnelle agréée par le Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. J’accompagne des entrepreneurs, des agriculteurs et des porteurs de projets sur deux terrains : la culture hors-sol sur fibre de coco, et la communication, le numérique et le développement commercial.

Dans mon métier, j’ai vite compris qu’il ne suffisait pas de savoir produire. On peut cultiver les meilleurs produits du monde : si personne ne les connaît, l’entreprise ne se développe pas. Beaucoup de très bons professionnels savent produire ou fabriquer, mais peinent à se rendre visibles, à structurer leur offre et à trouver des clients. Mon rôle, c’est de les aider à valoriser leur savoir-faire et à rendre leur entreprise plus autonome et plus durable.

Une TPE qui crée des emplois durables en zone rurale

Vous êtes particulièrement fière de l’impact humain de Madame Salade. Pourquoi ?

Parce qu’en six années seulement, Madame Salade a permis de créer deux emplois à temps partiel en CDI dans une zone rurale isolée. Ces postes sont occupés par deux femmes qui vivent en tribu et sont mères de jeunes enfants. À l’échelle d’une très petite entreprise agricole, cela représente bien plus que deux recrutements. Derrière un emploi, il y a une personne, une famille, une organisation quotidienne, parfois une forme d’émancipation. C’est cette dimension humaine qui donne le plus de sens à mon activité. Une petite entreprise peut sembler modeste si l’on ne regarde que son chiffre d’affaires, alors que son impact réel sur un territoire peut être considérable.

Ce que l’on sous-estime chez les entrepreneurs du territoire

Qu’est-ce que l’on sous-estime le plus dans la réalité des entrepreneurs calédoniens ?

On oublie souvent qu’une entreprise ne se développe pas seulement grâce au courage ou à la volonté de son dirigeant. Pour entreprendre, il faut aussi un environnement qui permette concrètement à l’entreprise de fonctionner : des routes praticables, des accès sécurisés, des réseaux d’eau, d’électricité et de télécommunications fiables, un vrai accès au numérique, un foncier adapté et des règles claires. En Nouvelle-Calédonie, et notamment dans certaines zones rurales, ces conditions ne sont pas toujours réunies. Elles sont pourtant essentielles à l’attractivité du territoire et au maintien des activités hors du Grand Nouméa.

On demande pourtant souvent aux entrepreneurs d’être résilients.

Oui, et ils le sont. Ils s’adaptent chaque jour et compensent, par leur propre énergie, les insuffisances de leur environnement. Mais leur résilience ne doit pas devenir une excuse pour retarder les réformes nécessaires. Ce sont les entreprises qui font vivre l’économie, créent des emplois et contribuent au financement des collectivités. Leur permettre de travailler, d’investir et de se développer devrait être au cœur des politiques publiques.

Les filières d’avenir : produire, transformer, transmettre

Quelles sont, selon vous, les filières d’avenir pour la Nouvelle-Calédonie ?

Je crois à une agriculture capable de créer davantage de valeur localement. L’avenir passe par la production, mais aussi par la transformation, les circuits courts, la formation et le numérique. Lorsqu’un produit est cultivé, transformé, conditionné et commercialisé sur place, il génère plus d’activité, de compétences et d’emplois. Les entreprises qui réussiront demain seront celles qui sauront se diversifier, transmettre leurs savoir-faire et s’adapter aux besoins de leur territoire. L’idée n’est pas de tout faire, mais de créer des complémentarités intelligentes entre plusieurs activités.

Un engagement au nom du collectif

Pourquoi avoir choisi de vous engager au sein de la CPME-NC ?

Parce que je crois profondément à la force du collectif. Ma longue expérience syndicale m’a appris que les difficultés individuelles des entrepreneurs sont souvent partagées par beaucoup d’autres. En les faisant remonter et en les confrontant aux réalités d’autres secteurs, on peut construire des propositions plus solides. Au sein de la CPME-NC, je veux porter la voix du monde agricole, mais aussi celle de l’ensemble des entrepreneurs de Bourail. Les difficultés d’accès, de réseau, de recrutement ou de démarches administratives ne concernent pas que l’agriculture. Elles touchent de nombreux artisans, commerçants et petites entreprises installées hors du Grand Nouméa. Être référente territoriale, c’est rester à l’écoute de ces réalités et faire en sorte qu’elles soient entendues.

Qu’est-ce que la CPME-NC représente pour vous ?

C’est une organisation qui rassemble des entrepreneurs engagés autour d’un objectif commun : défendre les entreprises calédoniennes et contribuer au développement du territoire. C’est aussi un espace où les expériences de terrain deviennent une force collective. Chacun arrive avec son parcours, ses difficultés et sa connaissance de son secteur, et la CPME-NC transforme ces expériences en propositions concrètes.

« Il est toujours possible de se relever »

Quelle trace aimeriez-vous laisser à travers votre engagement ?

J’aimerais que l’on retienne qu’il est toujours possible de se relever. Si mon parcours peut montrer que l’on peut entreprendre en partant de zéro, même dans une zone rurale isolée, alors il aura déjà eu du sens. J’aimerais aussi donner envie à d’autres, et particulièrement à d’autres femmes, de croire en leur capacité à entreprendre. Il ne faut pas attendre d’avoir toutes les réponses pour commencer. Il faut parfois accepter d’avancer par étapes, de se former et d’adapter son projet en chemin.

Pour terminer, quel message souhaitez-vous adresser aux entrepreneurs calédoniens ?

On ne construit pas une économie avec des discours. On la construit en donnant aux entrepreneurs les moyens de créer, d’investir, d’embaucher et de transmettre. Il faut reconnaître leur travail, écouter leurs réalités et leur offrir un environnement qui leur permette de développer leurs projets. Au-delà des entreprises, ce sont des emplois, des familles et l’avenir de la Nouvelle-Calédonie que nous construisons ensemble.

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