Yann Cherri, dirigeant de YC Consultant, membre du bureau de la CPME-NC

Yann Cherri, Chargé de la commission Fiscalité de la CPME-NC

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Yann Cherri

Chargé de la commission Fiscalité de la CPME-NC

Yann Cherri

Mettre la fiscalité au service de l’investissement, de la reconstruction et de l’initiative privée

Yann Cherri a grandi en Nouvelle-Calédonie, où ses parents s’installent en 1971 alors qu’il n’a qu’un an. Arrivés comme expatriés, ils tombent amoureux du territoire, décident d’y construire leur vie et d’y créer leur entreprise.

Cette aventure familiale marque profondément son parcours et sa conception de l’entrepreneuriat.

Après avoir effectué sa scolarité en Nouvelle-Calédonie, il part en métropole en 1989 pour poursuivre ses études. Après deux années de classe préparatoire HEC à Toulouse, il intègre l’École supérieure de commerce de Paris, dont il sort diplômé en 1995.

Il rejoint ensuite Schneider Electric à Sydney, où il travaille dans le contrôle de gestion. Malgré les perspectives professionnelles qui s’offrent à lui, l’appel du territoire l’emporte et il décide de rentrer en Nouvelle-Calédonie.

Après une première expérience dans le secteur automobile, il travaille pendant quatre ans dans un cabinet spécialisé en défiscalisation et en conseil financier. Il complète alors sa formation par un diplôme spécialisé en conseil en gestion de patrimoine.

En 2001, il crée YC Consultant, une société spécialisée dans l’ingénierie financière et fiscale appliquée au financement de projets. Il développe ensuite une activité de conseil en cession et acquisition d’entreprises, puis crée YC Immobilier, consacré à la vente et à la gestion locative.

Depuis les événements de mai 2024, YC Consultant accompagne près d’une quinzaine de projets de reconstruction de locaux commerciaux détruits durant les émeutes, en s’appuyant sur un dispositif national d’aide fiscale créé spécifiquement pour la Nouvelle Calédonie.

J’aimerais que notre société reconnaisse davantage le courage, la persévérance et la contribution des entrepreneurs à la création de richesses, de services et d’emplois.

Votre histoire familiale semble avoir fortement influencé votre envie d’entreprendre. Qu’avez-vous retenu du parcours de vos parents ?

Mes parents ont fait un saut dans l’inconnu en venant s’installer en Nouvelle-Calédonie.

Mon père a accepté d’aller y travailler, alors qu’ils ne savaient rien du Caillou. Ils sont partis à l’aventure, avant de choisir d’y construire leur vie et d’y créer leur entreprise. Partis de rien, issus de milieux très modestes, travailleurs, ils sont devenus une référence au-delà du territoire.

Leur exemple m’a transmis cet esprit pionnier : avoir des rêves, prendre des risques, faire des sacrifices et croire suffisamment en un projet pour lui consacrer toute son énergie.

Entreprendre, c’est se lancer dans une aventure, créer quelque chose et récolter les fruits de son travail.

C’est aussi relever un défi, chercher à accomplir quelque chose et à s’accomplir, mais aussi à réussir financièrement. Car la réussite économique fait partie des motivations légitimes de l’entrepreneur. Mais au-delà de ça il y a surtout une envie tenace d’entreprendre.

Qu’est-ce qui vous a conduit à créer YC Consultant ?

Après plusieurs années dans le conseil financier et la défiscalisation, j’ai souhaité mettre mes compétences au service de mes propres projets et de mes clients. J’ai réalisé ce que je voulais depuis longtemps, devenir mon propre patron.

J’aimais conseiller les porteurs de projets, trouver des solutions juridiques, financières et fiscales pour les aider à concrétiser leurs idées et réaliser leurs projets. Ce métier nécessite beaucoup de créativité et d’inventivité et c’est ce qui m’a aussi donné envie de m’y investir.

La fiscalité est un outil, un levier financier qui peut devenir un véritable outil de développement.

Elle permet d’orienter les investissements, de soutenir certaines filières, de créer des emplois et d’accompagner des projets qui n’auraient peut-être pas vu le jour autrement.

C’est cette dimension transversale qui me passionne : la fiscalité touche à l’investissement, à l’entreprise, au logement, à l’emploi et au financement des politiques publiques.

Depuis les événements de mai 2024, vous accompagnez plusieurs projets de reconstruction. Que représente ce travail ?

YC Consultant accompagne actuellement près d’une quinzaine de projets de reconstruction de locaux commerciaux détruits pendant les émeutes.

Nous avons choisi de déposer les premières demandes d’agrément auprès de Bercy avant même l’adoption définitive du dispositif législatif.

C’était un pari, avec beaucoup de travail et d’incertitudes. Il fallait anticiper, croire au dispositif et convaincre les clients de nous faire confiance.

Nous sommes aujourd’hui en passe d’obtenir les premiers agréments pour des projets qui devraient voir le jour à la fin de l’année 2026.

C’est une grande fierté, car derrière les dossiers fiscaux, il y a des dirigeants qui veulent reconstruire leur entreprise, recréer des emplois et redonner vie à des zones profondément touchées.

Selon vous, quel est aujourd’hui le plus grand défi des entreprises calédoniennes ?

Le premier défi est d’encaisser le choc.

Il faut ensuite résister, survivre, devenir résilient, s’adapter et parvenir à se réinventer pour renaître de ses cendres.

Les entreprises ne peuvent attendre les aides et la visibilité qu’on leur doit. Elles doivent avancer, chercher leurs propres solutions, leurs propres ressources, apprendre à ne compter que sur elles.

Dans ce contexte, la persévérance est essentielle.

Pourquoi avoir choisi de vous engager au sein de la CPME-NC ?

Je souhaitais depuis longtemps m’investir dans les réflexions concernant l’avenir de la Nouvelle-Calédonie.

J’avais envie de mettre mes compétences en fiscalité, en financement et en développement économique au service du collectif.

La période qui a suivi les émeutes, ainsi que les travaux autour de la création d’un dispositif national de défiscalisation pour la reconstruction, m’ont décidé à franchir le pas.

Mon objectif est de faire entendre aux responsables politiques la voix du terrain et les réalités des acteurs économiques, qu’ils ne perçoivent pas toujours directement.

Qu’apporte l’action collective dans un contexte aussi complexe ?

Sans action collective, les petites et moyennes entreprises ne font pas le poids face aux autres forces organisées qui influencent les décisions publiques.

Elles risquent alors de subir des politiques conçues par des personnes qui ne connaissent pas toujours leur quotidien.

Le collectif permet de confronter les expériences, d’identifier les difficultés communes, de construire des propositions plus solides et de porter une parole plus forte auprès des décideurs.

Quelles sont, selon vous, les filières d’avenir ?

Les nouvelles technologies sont incontournables.

Elles permettent de s’affranchir en partie des frontières, des distances et de certaines contraintes économiques. C’est un train que la Nouvelle-Calédonie ne peut pas se permettre de manquer. Elles peuvent lui donner des opportunités uniques.

Mais elles ne constituent pas seulement une filière. Elles peuvent contribuer au développement de toutes les activités, y compris les plus traditionnelles.

Le numérique, l’intelligence artificielle et les outils de gestion peuvent améliorer la productivité, la formation, la relation avec les clients et l’accès à de nouveaux marchés.

L’enjeu est de permettre aux entreprises calédoniennes de s’approprier ces outils plutôt que de subir leur évolution.

Quelles seraient les priorités pour redonner confiance aux entrepreneurs ?

Il faut alléger significativement les normes, les procédures administratives et les contraintes qui pèsent sur les entreprises.

L’accumulation des obligations, des taxes et des charges finit par étouffer l’envie d’entreprendre, l’innovation et l’esprit pionnier qui a créé la Nouvelle Calédonie.

On pense parfois que le développement économique dépend uniquement de nouvelles aides financières. Il est parfois plus efficace de libérer l’initiative privée, de simplifier les démarches et de faire davantage confiance aux entrepreneurs.

Ce sont eux qui créent l’activité, la richesse et les emplois.

Le service public doit pleinement retrouver sa mission : faciliter les projets et accompagner les citoyens comme les entreprises et soutenir l’initiative privée.

Les entrepreneurs ont besoin d’un cadre plus lisible et de décisions courageuses montrant que le territoire souhaite réellement se réformer, se réinventer, comme l’ont fait les entreprises.

Quel moment de votre parcours vous a le plus transformé ?

Plusieurs moments ont été déterminants.

Le premier a été la création de ma propre entreprise. Me mettre à mon compte m’a appris la persévérance, mais m’a aussi obligé à mieux me connaître, à identifier mes faiblesses et à progresser.

Les événements de mai 2024 ont constitué une autre rupture profonde. Ils ont fait s’effondrer une partie de mes certitudes, de mes projets et de ma vision de l’avenir.

J’ai dû rebondir, affronter mes doutes et apprendre à devenir plus résilient sans me laisser enfermer dans la colère ou le désespoir.

Selon vous, que devrait-on mieux comprendre de la réalité des entrepreneurs ?

On ne voit souvent que ce que l’entrepreneur a réussi à construire : son entreprise, ses revenus ou son niveau de vie.

On voit beaucoup moins les risques pris, les années de travail, les sacrifices, les difficultés et la solitude.

Bien sûr qu’un entrepreneur cherche à réussir et à s’enrichir. Ce n’est ni honteux ni anormal. Mais cette réussite éventuelle ne doit pas faire oublier tout ce qu’il a engagé pour l’obtenir : son argent, sa santé, son temps, sa vie personnelle et parfois son équilibre familial.

Être entrepreneur, ce n’est pas simplement percevoir des dividendes. C’est mettre une grande partie de soi dans un projet, sans aucune certitude quant au résultat.

J’aimerais que notre société reconnaisse davantage le courage, la persévérance et la contribution des entrepreneurs à la création de richesses, de services et d’emplois et aussi leur utilité dans la société comme modèle et inspiration.

Pour terminer, quel message souhaitez-vous adresser aux entrepreneurs calédoniens ?

Soyez fiers de ce que vous êtes et du chemin parcouru.

N’ayez pas honte d’avoir réussi, mais n’ayez pas non plus honte d’avoir échoué.

L’histoire est remplie de femmes et d’hommes qui ont connu de nombreux échecs avant de réussir.

Apprenez de vos erreurs, relevez-vous et persévérez.

Et surtout, lorsque vous doutez ou que vous avez le sentiment d’être au fond du trou, ne restez pas seuls. Demander de l’aide n’est pas un signe de faiblesse.

Vous n’êtes pas seuls. La CPME-NC est aussi là pour vous écouter, vous accompagner et vous aider à rebondir.

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