Thierry Neuville, Vice-président Artisanat de la CPME-NC

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Thierry Neuville

Vice-président Artisanat de la CPME-NC

Thierry Neuville

Faire de la transition énergétique un levier de résilience pour le territoire

Après vingt années passées dans le secteur du nautisme, Thierry Neuville s’est tourné presque par hasard vers les énergies renouvelables en 2008.

Il débute dans ce domaine en métropole avant de rejoindre la Nouvelle-Calédonie au début de l’année 2013, au moment où la filière photovoltaïque locale commence à se structurer.

Au fil des années, il explore les différentes facettes du métier : conception, installation, formation, développement de projets et maîtrise d’œuvre. Cette connaissance complète du secteur lui permet aujourd’hui de porter un regard à la fois technique, économique et stratégique sur les enjeux énergétiques du territoire.

Malgré les freins réglementaires et les crises économiques successives, la filière photovoltaïque calédonienne a su évoluer rapidement. Elle dispose désormais de nouvelles perspectives, notamment grâce au développement du stockage d’énergie, aussi bien industriel que domestique.

Dans un contexte où la production électrique est sous tension, Thierry Neuville défend un secteur capable de produire immédiatement de la valeur et de contribuer à renforcer l’autonomie énergétique de la Nouvelle-Calédonie.

« Dans les périodes difficiles, chaque adhésion compte. La solidarité dans l’action reste l’un des moyens les plus efficaces pour se faire entendre. »

Après s’être investi dans les instances professionnelles de sa filière, il a rejoint le bureau de la CPME-NC afin de participer plus largement aux propositions portées par le monde économique auprès des décideurs du territoire.

Aujourd’hui, il nous livre son regard sur la résilience des entreprises, le rôle des organisations patronales et la nécessité de reconstruire une force collective.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’entreprendre en Nouvelle-Calédonie ?

Je connaissais déjà la Nouvelle-Calédonie depuis longtemps, mais c’est véritablement l’ouverture du marché de l’énergie aux producteurs individuels, en 2012, qui a créé les conditions permettant de développer une activité locale.

Cette évolution m’a donné l’opportunité de m’installer durablement sur le Caillou et de participer au développement d’une filière photovoltaïque qui était encore naissante.

Il y avait beaucoup à construire, aussi bien sur le plan technique que réglementaire. Cela représentait à la fois un défi et une véritable opportunité entrepreneuriale.

Le secteur photovoltaïque a beaucoup évolué depuis votre arrivée. Quel regard portez-vous sur ce parcours ?

La filière a su évoluer rapidement, malgré plusieurs obstacles.

Elle a dû composer avec des freins réglementaires, des changements de cadre et les différents chocs économiques qui ont touché le territoire au cours des dernières années.

Malgré cela, les professionnels ont continué à structurer leur activité, à développer leurs compétences et à proposer des solutions adaptées aux besoins locaux.

Aujourd’hui, le secteur dispose d’une véritable opportunité de relance avec l’essor du stockage d’énergie, qu’il soit industriel ou domestique.

Le photovoltaïque présente une particularité importante : l’investissement réalisé devient immédiatement productif. Dans un contexte où la production et l’approvisionnement en électricité sont de plus en plus contraints, cette capacité à produire localement constitue un véritable atout pour le territoire.

Selon vous, quel est aujourd’hui le plus grand défi des entreprises calédoniennes ?

La situation économique est actuellement extrêmement dégradée pour la grande majorité des entreprises.

Le principal enjeu consiste donc à trouver les ressources nécessaires pour résister et traverser cette crise.

Pour beaucoup de dirigeants, il ne s’agit plus seulement de développer leur activité, mais d’abord de parvenir à la maintenir, de préserver les emplois et de continuer à faire face aux charges courantes.

Dans cette situation, les entrepreneurs ne doivent pas hésiter à solliciter les aides institutionnelles et professionnelles existantes. Demander un accompagnement ne doit pas être considéré comme un aveu de faiblesse.

Lorsqu’une entreprise traverse une difficulté, il est essentiel qu’elle puisse identifier rapidement les dispositifs disponibles et les interlocuteurs capables de l’aider à trouver des solutions.

La résilience ne repose pas uniquement sur la capacité individuelle du dirigeant. Elle dépend également de sa faculté à mobiliser les bons soutiens au bon moment.

Qu’est-ce qui vous semble essentiel dans le rôle d’une organisation patronale aujourd’hui ?

Il faut être réaliste : la capacité d’une organisation patronale à soutenir ses adhérents dépend directement de sa représentativité et du pouvoir de négociation qui en découle auprès des décideurs politiques.

L’engagement et la bonne volonté sont indispensables, mais ils ne suffisent pas. Une organisation doit également être capable de convaincre, de peser dans les discussions et d’obtenir des résultats concrets.

Sans cette capacité d’influence, son action risque de rester limitée.

Deux axes me paraissent donc essentiels.

Le premier consiste à structurer l’organisation afin qu’elle puisse offrir un soutien pertinent et opérationnel aux entrepreneurs. Les adhérents doivent pouvoir y trouver une écoute, des informations, une expertise et un accompagnement adaptés aux réalités qu’ils rencontrent.

Le second est d’accroître le nombre d’adhérents.

Le nombre renforce bien sûr la légitimité de l’organisation, mais il permet surtout d’accumuler une connaissance extrêmement riche du terrain. Plus les secteurs et les entreprises représentés sont nombreux, plus l’organisation est capable d’identifier les difficultés communes et de construire des arguments solides face aux décideurs.

Cette représentativité contribue également à renforcer son indépendance financière, et donc sa capacité à agir librement.

En somme, la représentativité n’est pas seulement une question de poids politique ?

Non, elle est aussi une question de connaissance.

Une organisation patronale ne peut défendre efficacement les entreprises que si elle comprend réellement ce qu’elles vivent.

Chaque adhérent apporte une expérience, un regard et une réalité de terrain. L’ensemble de ces retours permet de construire une vision beaucoup plus précise de l’économie.

C’est cette connaissance qui donne de la force aux propositions formulées.

Une organisation représentative ne parle pas seulement au nom d’un principe ou d’une catégorie abstraite. Elle est capable de s’appuyer sur des situations concrètes, observées dans des entreprises de tailles et de secteurs différents.

C’est cette combinaison entre le nombre, l’expertise et la réalité du terrain qui permet de convaincre.

Y a-t-il une réforme ou une évolution qui vous paraît aujourd’hui indispensable ?

Dans la situation actuelle, nous pouvons espérer une aide accrue de la métropole. Mais il devient surtout essentiel que la Nouvelle-Calédonie soit en mesure de générer, au minimum, les recettes nécessaires au financement de ses propres domaines de compétence.

La dégradation des recettes fiscales et sociales rend cette question particulièrement urgente.

Il faut mettre en place et pérenniser des mesures capables de stabiliser l’emploi et d’encourager le redémarrage de l’activité économique.

Les entreprises ont besoin de visibilité, de confiance et de conditions permettant à nouveau l’investissement.

Parallèlement, il est indispensable de réduire fortement la dépense publique, car son niveau actuel n’est plus soutenable au regard des ressources disponibles.

La sortie de crise demandera probablement des efforts importants pendant plusieurs années.

Ces efforts devront être partagés. Il ne serait ni juste ni efficace de les faire reposer uniquement sur les entreprises, les salariés ou une catégorie particulière de la population.

Chacun devra contribuer à la reconstruction, avec un objectif commun : retrouver un équilibre durable et redonner au territoire les moyens de financer son avenir.

Vous évoquez la nécessité de sacrifices. Comment rendre ces efforts acceptables ?

Pour qu’ils soient acceptés, les efforts doivent être lisibles, équitables et réellement utiles.

Les Calédoniens comme les entreprises doivent pouvoir comprendre pourquoi certaines décisions sont prises, quels résultats sont attendus et comment les efforts sont répartis.

On ne peut pas demander à certains de faire des sacrifices importants si, dans le même temps, ils ont le sentiment que les économies nécessaires ne sont pas réalisées ailleurs.

La confiance repose donc sur la transparence et sur l’exemplarité.

Les mesures prises doivent s’inscrire dans une trajectoire claire, avec un véritable objectif de redressement et non dans une succession de décisions ponctuelles.

Les entreprises peuvent accepter de contribuer à un effort collectif, mais elles doivent aussi avoir la certitude que cet effort permettra de stabiliser l’économie et de préparer réellement la reprise.

Quel moment de votre parcours vous a le plus transformé ?

Le moment le plus intense de mon engagement syndical a sans doute été le mouvement mené contre la réforme du RUAMM au début de l’année 2023.

Cette mobilisation a conduit à la création du collectif Agissons Solidaires, qui rassemblait plusieurs organisations patronales, le syndicat des Rouleurs ainsi que les chambres consulaires.

Pendant plusieurs semaines, l’investissement a été particulièrement important.

La situation sociale était très tendue et les discussions ont été difficiles. Il a fallu maintenir la mobilisation tout en poursuivant les négociations afin d’éviter une aggravation du conflit.

Un protocole de sortie de crise a finalement été signé in extremis.

Cette expérience a démontré très concrètement que la mobilisation du monde économique pouvait rendre possible une négociation et conduire à un accord.

Elle m’a aussi rappelé que, lorsque les organisations sont capables de dépasser leurs différences et de se rassembler autour d’un objectif commun, elles peuvent réellement peser sur les décisions.

Qu’avez-vous retenu humainement de cette mobilisation ?

J’en ai retenu l’intensité, mais surtout la force du collectif.

Dans ce type de situation, chacun doit consacrer du temps, de l’énergie et parfois mettre de côté une partie de ses propres contraintes professionnelles ou personnelles.

L’action collective demande donc beaucoup d’engagement, mais elle permet aussi de créer des liens solides entre les personnes qui traversent ensemble ces moments difficiles.

Elle oblige également à chercher des compromis.

Une mobilisation ne peut aboutir que si les différents acteurs sont capables de parler d’une seule voix, de définir leurs priorités et de défendre une position commune.

Ce n’est jamais simple, mais c’est précisément cette capacité à se rassembler qui donne de la force à l’action.

Qu’est-ce que la CPME-NC représente pour vous ?

La CPME-NC est avant tout une association de petites entreprises calédoniennes.

Elle repose sur l’engagement de dirigeants bénévoles qui consacrent une partie de leur temps à défendre et à développer le dynamisme économique du territoire.

Son rôle consiste à rester attentive aux décisions et aux actions publiques, à en mesurer les conséquences pour les entreprises et à formuler des propositions concrètes à destination des responsables politiques.

Elle doit aussi permettre aux dirigeants de ne pas rester isolés.

Une petite entreprise dispose rarement des moyens nécessaires pour suivre tous les projets de réforme, analyser les décisions institutionnelles ou défendre seule ses intérêts.

La CPME-NC permet de mutualiser cette veille, cette expertise et cette capacité de proposition.

Sa vocation est de transformer les préoccupations individuelles des entreprises en une parole collective audible et structurée.

Pour terminer, quel message souhaitez-vous adresser aux entrepreneurs calédoniens ?

L’action syndicale patronale reste encore trop peu reconnue et manque cruellement de soutien en Nouvelle-Calédonie.

Pourtant, la solidarité dans l’action a démontré, à plusieurs reprises, qu’elle constituait un levier essentiel dans une négociation.

Chaque adhésion est précieuse.

Elle représente un coût limité et n’impose pas nécessairement un engagement important. Chacun peut contribuer selon le temps et les moyens dont il dispose.

Mais chaque entreprise supplémentaire renforce la légitimité du collectif, sa connaissance du terrain et sa capacité à défendre les entrepreneurs.

Dans une période aussi difficile, il est important de se rappeler que l’isolement fragilise, tandis que le rassemblement donne de la force.

L’union fait la force, et ce sont toujours les petites rivières qui finissent par former les grands fleuves.

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