Patrice Gauthier, Vice-président Santé de la CPME-NC

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Patrice Gauthier

Vice-président Santé de la CPME-NC

Patrice Gauthier

Porter la voix des petites entreprises et défendre un système de santé durable

Pharmacien de formation et biologiste médical, Patrice Gauthier possède un parcours professionnel particulièrement riche, construit entre la métropole, la Guyane, La Réunion, Andorre et la Nouvelle-Calédonie.

Interne des Hôpitaux de Paris dès 1980, il rejoint ensuite l’Institut Pasteur de Cayenne comme volontaire de l’aide technique, avant de créer un laboratoire d’analyses médicales à La Réunion en 1988. Quelques années plus tard, cette structure donnera naissance au réseau BIONOSTIC, qui s’imposera comme le principal réseau de laboratoires de biologie médicale de La Réunion.

Après une expérience dans le secteur de la répartition pharmaceutique (grossiste répartiteur), puis dans le conseil en restructuration de laboratoires de biologie médicale, il s’installe en Nouvelle-Calédonie en 2008, où il crée la SELARL Alphabiologie qui exploite 2 laboratoires d’analyses médicales à Nouméa.

Son engagement collectif accompagne l’ensemble de son parcours. Il a notamment exercé des responsabilités au sein de plusieurs organisations professionnelles de santé à La Réunion, avant de devenir secrétaire de la CPME-NC en 2013. Il est également président de la Fédération des Professionnels Libéraux de Santé depuis 2014.

« Entreprendre, ce n’est pas nécessairement réussir. C’est croire en ses idées, accepter le risque d’échouer et trouver les ressources pour rebondir. »

À travers cet entretien, Patrice Gauthier livre un regard sans détour sur les difficultés rencontrées par les entreprises calédoniennes, la nécessité de mieux représenter les TPE et PME, et l’importance de l’engagement collectif dans un territoire confronté à de profondes incertitudes.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’entreprendre en Nouvelle-Calédonie ?

Mon installation en Nouvelle-Calédonie est née à la fois de liens personnels avec le territoire et d’une opportunité professionnelle.

J’étais initialement venu réaliser un audit de la société qui exploitait les deux laboratoires aujourd’hui exploités par la SELARL que je dirige avec mon associé. À l’issue de cette mission, il m’a été proposé de mettre en œuvre les analyses et les préconisations que j’avais formulées.

C’est ainsi que j’ai décidé de m’investir directement dans l’entreprise. Entreprendre ici s’est donc imposé comme une manière de mettre mes convictions à l’épreuve du terrain et d’assumer pleinement les responsabilités liées aux choix que je proposais.

Selon vous, quel est aujourd’hui le plus grand défi des entreprises calédoniennes ?

Le principal défi est celui de la résilience économique.

Les entreprises calédoniennes doivent affronter les crises propres au territoire, mais aussi les conséquences de crises mondiales qui affectent directement leurs charges, leurs approvisionnements et leur activité.

Cette situation est d’autant plus difficile que de nombreuses entreprises étaient déjà fragilisées avant les événements de 2024. Elles doivent aujourd’hui composer avec les conséquences économiques des émeutes, la baisse de la consommation et la diminution de la population en valeur absolue.

Dans ce contexte, maintenir son activité, préserver les emplois et continuer à se projeter représente déjà un véritable combat quotidien.

Que signifie être travailleur indépendant, dirigeant de TPE ou de PME dans le contexte calédonien ?

Cela signifie d’abord rencontrer de grandes difficultés pour se faire entendre.

Les travailleurs indépendants, les TPE et les PME représentent pourtant l’immense majorité du tissu économique calédonien. Malgré ce poids, leurs réalités restent encore insuffisamment prises en compte dans la définition des politiques publiques.

Les autorités ont parfois tendance à ne considérer que la voix des grandes entreprises. Or, les réalités d’un artisan, d’un indépendant ou d’une petite entreprise ne sont pas celles d’un grand groupe. Leurs problématiques doivent être entendues pour elles-mêmes et défendues par des organisations qui connaissent réellement leur quotidien.

Pourquoi avoir choisi de vous engager au sein de la CPME-NC ?

Je suis convaincu que l’on ne peut pas se contenter de constater les difficultés ou d’attendre que les décisions soient prises par d’autres.

La CPME-NC représente et porte la voix des petites et moyennes entreprises. Cette voix est essentielle, car elle permet de rappeler la réalité du terrain et de défendre celles et ceux qui créent de l’activité, prennent des risques et font vivre une grande partie de l’économie calédonienne.

Mon engagement est aussi lié à cette volonté de ne pas rester spectateur. Il faut accepter de consacrer du temps et de l’énergie au collectif si l’on souhaite réellement faire évoluer les choses.

Qu’apporte l’action collective dans un contexte aussi complexe ?

L’action collective permet d’abord de faire remonter les problèmes rencontrés par le plus grand nombre.

Une organisation professionnelle ne doit pas simplement relayer une succession de difficultés individuelles. Elle doit écouter, analyser, identifier les problématiques communes et les porter auprès des autorités.

Mais son rôle ne s’arrête pas au constat. Elle doit également proposer des solutions issues de l’expérience du terrain, capables de répondre aux besoins du plus grand nombre.

C’est cette capacité à transformer des expériences individuelles en propositions collectives qui donne tout son sens à l’action patronale.

Y a-t-il un dossier ou un combat qui vous tient particulièrement à cœur ?

Le combat pour un système de santé pérenne et équitable.

La santé est un pilier essentiel de toute société. Elle concerne à la fois les patients, les professionnels, les entreprises et l’ensemble de la collectivité.

Nous devons être capables de préserver un système accessible, efficace et financièrement soutenable. Cela suppose de mieux organiser les parcours de soins, d’écouter les professionnels de terrain, d’actualiser les modes de fonctionnement et de prendre des décisions qui ne reposent pas uniquement sur une logique budgétaire à court terme.

Un système de santé solide constitue aussi une condition indispensable à l’attractivité et à la stabilité du territoire. C’est mon combat depuis toujours – et un combat que je continuerai à mener sans relâche.

Que représente concrètement votre engagement patronal au quotidien ?

Il représente un équilibre fragile entre la vie professionnelle, l’engagement collectif et la vie familiale.

Ces différentes dimensions se mêlent constamment. Il faut trouver le bon dosage pour préserver ce qui reste le plus important dans une vie : la famille, tout en assumant ses responsabilités professionnelles et sociales.

L’engagement patronal implique de répondre à de nombreuses sollicitations. Il faut apprendre à hiérarchiser les combats et à ne pas se disperser.

Comment imaginez-vous l’économie calédonienne de demain ?

Il est difficile d’apporter une réponse à cette question dans le contexte actuel.

L’avenir économique de la Nouvelle-Calédonie dépend en grande partie de décisions politiques et institutionnelles qui permettront, ou non, aux entreprises et aux familles de se projeter.

Avant d’imaginer de nouveaux modèles économiques, il faut recréer de la visibilité, de la confiance et une capacité à penser le long terme. Les entrepreneurs ont besoin de savoir dans quel environnement ils évolueront pour investir, recruter et construire. Tant que cette visibilité n’existe pas, toute projection reste fragile.

Quel moment de votre parcours vous a le plus transformé ?

Je ne crois pas qu’un moment professionnel en particulier m’ait transformé à lui seul.

Toutes les étapes de mon parcours ont contribué, et contribuent encore, à me construire. Chaque expérience, chaque réussite et chaque difficulté apporte quelque chose.

En revanche, le mariage et l’arrivée de ma fille ont indéniablement changé mon regard sur la vie. Ils m’ont donné le sens profond de la responsabilité que représente le fait d’être père. Cette responsabilité influence nécessairement la manière d’aborder le travail, les décisions et les engagements que l’on prend.

Pensez-vous que les crises changent durablement la manière de manager ?

Pas nécessairement.

La crise sanitaire en est un exemple assez révélateur. Pendant un temps, beaucoup ont pensé que les modes de management, les organisations et les comportements changeraient profondément. Pourtant, les anciens réflexes sont revenus assez rapidement.

En revanche, les crises peuvent renforcer les liens entre les personnes qui les traversent ensemble.

Dans une entreprise, elles peuvent créer une forme de solidarité et de confiance nouvelle. Une équipe qui a affronté collectivement une période difficile peut en ressortir plus soudée, plus lucide et plus résiliente face aux épreuves futures.

Les crises ne changent donc pas toujours les méthodes, mais elles peuvent profondément renforcer les relations humaines.

Quelle trace aimeriez-vous laisser à travers votre activité ou votre engagement ?

Ce qui compte pour moi n’est pas tellement de laisser une trace mais plutôt de pouvoir me dire que j’ai réussi à dépasser mes propres égoïsmes et que j’ai réellement donné le maximum pour la collectivité dans laquelle je vis et je m’épanouis.

L’engagement ne doit pas être guidé par la recherche de reconnaissance personnelle. Il doit avant tout répondre à la volonté d’être utile et de contribuer, à son niveau, à améliorer les choses.

Si les actions menées ont permis de faire progresser un dossier, de défendre des professionnels ou de renforcer le collectif, cela me suffit.

Qu’est-ce que la CPME-NC représente pour vous ?

La CPME-NC est d’abord un collectif pour lequel il a fallu se battre afin qu’il continue d’exister.

C’est une organisation dans laquelle le principe « un homme, une voix » n’est pas seulement un slogan, mais une réalité. Le poids financier ou la taille d’une entreprise ne déterminent pas la valeur de la parole de celui ou celle qui la dirige.

C’est une organisation qui ne juge pas les autres. Elle se nourrit de la diversité des parcours, des secteurs et des sensibilités pour rechercher les synthèses indispensables à une collectivité saine et équilibrée.

Cette capacité à écouter les différences pour construire une position commune constitue, à mes yeux, l’une de ses plus grandes forces.

Pour terminer, quel message souhaitez-vous adresser aux entrepreneurs calédoniens ?

Entreprendre ne signifie pas nécessairement réussir.

Entreprendre, c’est croire en ses idées, prendre le risque d’échouer et, souvent, trouver les ressources morales nécessaires pour rebondir, quel que soit le contexte.

C’est précisément ce que la CPME-NC comprend profondément.

Son ADN consiste à parier sur les femmes et les hommes, sans considérer uniquement leur poids financier, et à défendre leur droit d’oser, de proposer et de porter leurs idées.

Derrière chaque entreprise, il y a d’abord une personne qui prend un risque. Cette personne mérite d’être entendue, accompagnée et défendue.

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