Julien Labaune, Vice-président BTP de la CPME-NC

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Julien Labaune

Vice-président BTP de la CPME-NC

Julien Labaune

Bâtir autrement, avec du sens et en plaçant l’humain au cœur de la transition

Économiste de la construction de formation, Julien Labaune débute son parcours professionnel à Paris, où il acquiert ses premières expériences dans le secteur du bâtiment.

En 2004, après deux années passées en région parisienne, il décide de s’accorder une année sabbatique en Nouvelle-Calédonie, avec l’envie de découvrir le territoire et de perfectionner son anglais. Une parenthèse qui devait être temporaire, mais qui deviendra finalement un véritable projet de vie : il ne repartira jamais.

Au fil des années, il construit une solide expérience au sein de bureaux d’études et de cabinets d’architecture reconnus. En 2012, fort de ce parcours, il franchit une nouvelle étape en s’associant à son ancien employeur pour créer un bureau d’études techniques.

En 2019, il décide de poursuivre l’aventure entrepreneuriale en fondant A.D.T – Architecture Design Transition, un bureau d’études pluridisciplinaire spécialisé dans le bâtiment. L’entreprise accompagne les projets depuis les premières études jusqu’à la livraison des ouvrages, et peut également intervenir dans le suivi et la maintenance des bâtiments en cours d’exploitation.

À travers A.D.T, Julien Labaune défend une exigence professionnelle forte, mais aussi une certaine vision de l’entreprise : une organisation qui place l’écoute, le respect et l’humain au cœur de ses pratiques.

À la fin de l’année 2025, inspiré par la dynamique et la volonté d’action de la nouvelle équipe de la CPME-NC, il choisit de rejoindre l’organisation afin de contribuer à l’émergence d’une société qu’il souhaite plus juste, plus efficiente et plus humaine. Il y exerce aujourd’hui les fonctions de vice-président du secteur BTP.

« Bâtir davantage, oui, mais bâtir durablement, avec du sens et pour répondre aux besoins réels des citoyens. »

À travers cet entretien, Julien Labaune partage sa vision d’une économie calédonienne en pleine transition, son attachement à la souveraineté du territoire et sa volonté de remettre l’humain au centre de l’entreprise comme de l’action collective.

Selon vous, quel est aujourd’hui le plus grand défi des entreprises calédoniennes ?

Le plus grand défi des entreprises calédoniennes est aussi, plus largement, celui de l’ensemble des Calédoniens : retrouver du sens dans une société en profonde mutation, à la croisée de l’ancien et du nouveau monde.

Accueillir le changement est vital, car il fait partie de notre condition humaine. La seule chose dont nous pouvons être certains, c’est que rien ne dure et que nous devons continuellement nous adapter.

La transition numérique, avec l’intelligence artificielle et le développement des réseaux, constitue aujourd’hui un nouveau levier industriel. Ces outils peuvent libérer les entreprises, améliorer leur efficacité et nous permettre de consacrer davantage de temps à des missions à plus forte valeur humaine. Bien maîtrisés et intégrés dans des espaces réellement collaboratifs, ils peuvent nous aider à mieux travailler, voire à moins travailler.

Mais ils peuvent aussi nous enfermer s’ils sont mal utilisés, imposés sans discernement ou totalement déconnectés de nos réalités.

Cette transition doit donc s’accompagner d’un ancrage fort. Nous devons conserver les valeurs et les vertus héritées de l’ancien monde : le respect du vivant, la préservation de nos cultures, l’importance de la famille et la recherche d’un équilibre intérieur.

Le monde de demain sera à notre image. Il nous appartient donc de le construire consciemment.

Dans ce contexte, l’entrepreneur doit être polyvalent, capable de s’adapter, mais aussi à l’écoute de lui-même et des autres. Son rôle est de proposer des services ou des produits réellement utiles, efficaces et adaptés aux besoins des Calédoniens.

Y a-t-il un dossier ou un combat qui vous tient particulièrement à cœur ?

Dans un monde en pleine mutation, nous ne pouvons pas dépendre majoritairement de l’extérieur pour répondre à nos besoins essentiels. Cela se vérifie aussi bien à l’échelle individuelle qu’à celle du territoire. La souveraineté économique de notre territoire est donc essentielle à mes yeux.

Dans le secteur du BTP, la commande publique joue actuellement un rôle déterminant. Elle maintient une partie de l’activité et constitue, à court et moyen terme, un soutien indispensable. Mais cette dépense doit servir à construire ou à rénover des projets utiles, à taille humaine et répondant concrètement aux besoins des citoyens.

Jusqu’à présent, force est de constater que cet équilibre n’a pas toujours été trouvé. Le monde a changé et des réformes profondes sont désormais nécessaires.

Nous devons simplifier les démarches des entreprises, tout en réduisant les coûts de fonctionnement des institutions. Nous devons également mieux respecter les délais de paiement et nous appuyer sur des outils numériques efficaces.

Mais la technologie ne suffira pas. L’humain doit rester au cœur de la démarche : un humain capable d’écouter, de comprendre les réalités du terrain et de respecter ses interlocuteurs.

Il faut donc bâtir davantage lorsque cela est nécessaire, mais surtout bâtir plus durablement et avec davantage de sens, au service des citoyens et de l’intérêt commun.

La durabilité ne consiste d’ailleurs pas uniquement à construire du neuf. Elle suppose aussi de rénover et d’entretenir l’existant afin de prolonger sa durée de vie.

L’approche fondée sur le coût global d’un bâtiment reste encore trop souvent sous-estimée. Pourtant, en intégrant dès le départ les dépenses d’entretien, de fonctionnement et de rénovation, nous pourrions à la fois créer de l’activité pour les entreprises locales et réduire, sur le long terme, la facture supportée par le contribuable.

La formation occupe également une place importante dans votre réflexion. Pourquoi ?

La formation est un pilier essentiel et constitue un autre combat qui me tient profondément à cœur.

Elle est, et sera plus encore demain, indispensable pour permettre à nos jeunes de trouver leur voie et de donner du sens à leur avenir.

Nous devons notamment mieux valoriser les métiers manuels, techniques et agricoles. Pendant trop longtemps, ils ont parfois été considérés comme des choix secondaires face aux métiers dits intellectuels.

Or, nous sommes aussi des êtres qui apprennent, créent et agissent avec leurs mains. Notre société a besoin de personnes capables de construire, de produire, de réparer, de cultiver et de transformer.

Les formations intellectuelles restent bien sûr nécessaires, mais elles ne doivent pas constituer l’unique modèle de réussite proposé aux jeunes.

Il existe de nombreuses formes d’intelligence, de compétence et d’accomplissement. Notre responsabilité est de les reconnaître et de leur offrir une place réelle dans l’économie calédonienne.

Qu’est-ce qui vous donne envie de continuer malgré les difficultés ?

Face aux difficultés, trois possibilités se présentent souvent à nous : subir, fuir ou se battre.

Personnellement, je choisis de me battre.

Ce choix n’est pas toujours facile, notamment dans un monde parfois profondément déconnecté de l’empathie et du sens. Nous sommes en permanence exposés à des informations anxiogènes, à des chocs extérieurs et à des discours fondés sur la peur, qui finissent par épuiser notre énergie.

Dans ces moments, j’essaie de prendre du recul. Je coupe les réseaux et je me recentre sur tout ce qui me permet de retrouver de l’énergie : la nature, le sport, la lecture, le développement personnel, la famille ou encore la cuisine.

Je m’efforce également de cultiver la gratitude pour ce que j’ai la chance d’avoir : la santé, une famille, un toit et toutes les choses positives qui existent encore autour de nous.

Tout dépend aussi de l’endroit vers lequel nous choisissons de porter notre regard. Avant de vouloir transformer le monde extérieur, il faut parfois commencer par retrouver un équilibre intérieur.

C’est ce qui me permet de continuer à agir et de ne pas céder au découragement.

Selon vous, que devrait-on mieux entendre ou mieux comprendre des entrepreneurs ?

Il faut d’abord comprendre que les entreprises à taille humaine, les TPE et les PME représentent l’immense majorité du tissu économique.

Leurs dirigeants ne gagnent pas dix ou cent fois le salaire médian. Ils travaillent, prennent des risques, assument des responsabilités et font vivre des emplois.

La société dans son ensemble a besoin de ces entreprises. Sans elles, il n’y a pas d’emploi, pas de création de richesse, pas de collecte de cotisations ou d’impôts et, par conséquent, moins de moyens pour financer les services publics.

Cette réalité devrait être mieux comprise par les responsables politiques et institutionnels, mais aussi par les citoyens et les salariés.

L’entreprise ne doit pas être envisagée comme un espace d’opposition permanente entre un dirigeant et ses collaborateurs.

Chacun doit pouvoir exprimer ses besoins. Les salariés doivent pouvoir faire entendre leurs attentes auprès de leur employeur, tout comme le dirigeant doit être capable d’expliquer les réalités et les contraintes de l’entreprise.

Le respect, l’écoute et le dialogue sont indispensables pour construire ensemble une organisation équilibrée et durable.

Quelle trace aimeriez-vous laisser à travers votre activité ou votre engagement ?

Je souhaite contribuer à placer durablement l’humain au cœur de l’entreprise.

Au sein d’A.D.T, mon ambition est de transmettre et de passer le flambeau en partageant des valeurs de professionnalisme, d’écoute et d’expression des besoins.

Une entreprise ne peut être réellement stable et durable que si les personnes qui la composent se sentent respectées, entendues et pleinement impliquées dans son projet.

Je souhaite donc construire une organisation qui soit à la fois performante, solide et profondément humaine.

C’est exactement la même intention qui guide mon engagement au sein de la CPME-NC : participer à un collectif capable d’écouter les réalités du terrain, de défendre les entreprises et de contribuer à bâtir un modèle de développement plus équilibré.

À travers mon entreprise comme au sein de la CPME-NC, je souhaite avant tout contribuer à construire, transmettre et préparer l’avenir sans jamais perdre de vue l’essentiel : l’humain.

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