Dans le cadre de sa série « Elles Entreprennent », publiée à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, la CPME Nouvelle-Calédonie donne la parole aux entrepreneuses du territoire. Rencontre avec Véronique Trin, gérante du traiteur La Tartiflette à Green Valley et fondatrice du réseau des Femmes Entrepreneuses de Nouvelle-Calédonie, qui a quitté le secteur bancaire pour réaliser un rêve d’enfant.
Pouvez-vous nous raconter votre parcours et ce qui vous a donné envie d’entreprendre ?
Après plus de 25 ans dans le secteur bancaire, j’ai choisi en 2013 de changer de vie pour réaliser un rêve d’enfant : me lancer dans la restauration.
La cuisine a toujours fait partie de mon histoire. J’ai eu la chance d’apprendre très jeune aux côtés de ma grand-mère et de ma mère, avec qui j’ai partagé bien plus que des recettes : une passion pour créer, transmettre et faire plaisir.
Je n’ai pas de formation ni de diplôme dans ce domaine. J’ai appris sur le terrain, avec mes envies, mes erreurs, et beaucoup de détermination.
Lorsque j’ai repris le traiteur La Tartiflette à Green Valley, mon aventure entrepreneuriale a réellement commencé. Une aventure intense. Exigeante. Parfois éprouvante.
Parce qu’entreprendre, ce n’est pas un long fleuve tranquille. Il y a les nuits blanches, les doutes, les difficultés… mais aussi cette fierté de construire quelque chose qui nous ressemble.
Entreprendre n’est pas un long fleuve tranquille.
Avec le temps, j’ai appris à m’adapter, à accepter les échecs, à me relever. Et surtout, à ne jamais perdre de vue l’essentiel : croire en ses rêves, croire en soi… et continuer à avancer.
Qu’est-ce qu’entreprendre en Nouvelle-Calédonie signifie pour vous aujourd’hui ?
Pour moi, entreprendre en Nouvelle-Calédonie, c’est avant tout mettre chaque jour sa petite pierre à l’édifice. C’est travailler avec passion, avec exigence aussi, et placer au cœur de son activité des valeurs simples mais essentielles : le partage, l’écoute, la bienveillance.
Au quotidien, ma priorité est de fidéliser et satisfaire mes clients, tout en tissant des liens solides avec mes fournisseurs locaux. Soutenir l’économie du territoire fait partie intégrante de ma façon d’entreprendre.
Mais entreprendre ici, c’est aussi faire un choix fort : celui de quitter la sécurité du salariat pour accepter l’incertitude. Pas de salaire fixe, parfois même pas de salaire à la fin du mois, selon les fluctuations de l’activité. C’est une réalité qui peut faire peur à beaucoup, mais c’est un choix qu’il faut apprendre à assumer.
Et ces dernières années, les défis n’ont pas manqué. Les fluctuations du marché, le Covid, les émeutes, le contexte économique… tout cela oblige à s’adapter en permanence — et demande surtout une très forte résilience, même dans les moments où l’on peut se sentir seule face aux événements, sans nécessairement de soutien.
Il faut rester motivée, garder le cap, trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, et être constamment à l’écoute — des clients, des tendances, et d’un marché restreint où la concurrence est forte.
Entreprendre en Nouvelle-Calédonie, c’est avancer avec tout ça. Et continuer, malgré tout, à construire.
Quel conseil donneriez-vous à une jeune Calédonienne qui rêve d’entreprendre ?
Ose, quel que soit ton âge, et va au bout de tes rêves. Fais-toi confiance : tu es légitime, même si tu n’as pas encore toutes les réponses. On apprend en avançant, pas avant de se lancer.
Ne te laisse pas décourager par la paperasse, les démarches administratives ou la complexité du parcours — c’est parfois lourd, mais ce n’est pas insurmontable.
Ne te laisse pas décourager par la complexité du parcours — c’est parfois lourd, mais ce n’est pas insurmontable.
Et surtout, ne laisse pas les doutes ou les avis de ton entourage freiner ton élan. Certains voudront te protéger, d’autres ne comprendront pas toujours ton projet — mais c’est à toi de tracer ton chemin.
Entoure-toi des bonnes personnes, avance étape par étape, et garde en tête pourquoi tu as commencé.
Parce qu’au final, le plus important, c’est d’essayer.
Y a-t-il une leçon ou une conviction que vous souhaiteriez transmettre ?
La résilience, avant tout.
Ne rien lâcher, continuer à avancer même quand c’est difficile, même quand les choses ne se passent pas comme prévu.
Il y a des moments de doute, des obstacles, des remises en question. Mais c’est justement dans ces moments-là que tout se joue.
Dans votre parcours, avez-vous ressenti que le fait d’être une femme changeait quelque chose dans l’expérience d’entreprendre ?
Oui, être une femme peut parfois compliquer le quotidien d’une entrepreneure.
Dans certains milieux, il faut encore s’imposer pour être prise au sérieux. Il m’est déjà arrivé d’entendre : « On peut voir ou parler au patron ? » — comme si, par défaut, ce rôle ne pouvait pas être tenu par une femme. Ce type de situation reste marquant, même si les choses évoluent progressivement.
Cela demande de faire preuve de beaucoup de confiance en soi et d’affirmation. Il faut souvent prouver davantage, s’imposer dans les échanges, et ne pas se laisser déstabiliser.
Non, les femmes ne sont pas des « chochottes ». Elles sont peut-être parfois moins fortes physiquement, mais elles possèdent d’autres atouts essentiels : une grande capacité d’adaptation, de gestion, d’écoute, de persévérance, et des valeurs humaines fortes qui sont de véritables leviers dans l’entrepreneuriat.
Les mentalités évoluent, doucement mais sûrement. Il y a une prise de conscience, plus de femmes qui entreprennent, plus de visibilité. Mais il reste encore du chemin à parcourir pour que cela devienne totalement naturel et équilibré.
Si vous pouviez lancer une initiative ou créer un dispositif pour aider les femmes entrepreneures du territoire, que mettriez-vous en place ?
Créer un réseau d’entraide, tout simplement. C’est d’ailleurs ce que j’ai commencé à faire avec le groupe « Femmes entrepreneuses de Nouvelle-Calédonie », que j’ai créé fin août 2024.
Au départ, l’idée était de proposer un espace d’échange entre femmes entrepreneures, pour ne plus avancer seules, partager nos expériences, nos difficultés, mais aussi nos réussites.
Ce groupe a pris tout son sens suite aux événements de mai 2024. Dans un contexte compliqué, il est devenu un véritable espace de soutien, où chacune a pu trouver écoute, conseils et solidarité.
Aujourd’hui, nous sommes plus de 210 entrepreneuses, avec une dynamique très forte portée par des valeurs simples mais essentielles : la sororité, la bienveillance, le partage et l’entraide.
Je suis convaincue que ce type de réseau est indispensable.
On ne devrait jamais entreprendre seule — et parfois, le simple fait de pouvoir échanger avec quelqu’un qui comprend ce que l’on vit fait toute la différence.
On ne devrait jamais entreprendre seule — parfois, le simple fait de pouvoir échanger avec quelqu’un qui comprend ce que l’on vit fait toute la différence.


