Sonia CRITG

Elles entreprennent : Sonia CRITG, une battante à la tête de RE ART TECH

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Sonia CRITG

Une battante à la tête de RE ART TECH

Sonia CRITG

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, la CPME Nouvelle-Calédonie poursuit sa série de portraits « Elles Entreprennent », qui met à l’honneur des femmes cheffes d’entreprise du territoire. Rencontre avec Sonia Critg, gérante de RE ART TECH, entreprise de miroiterie-vitrerie, au parcours de battante entre le Canada, la métropole, La Réunion et la Nouvelle-Calédonie.

Rien ne me prédestinait à reprendre une entreprise… encore moins à la diriger.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours et ce qui vous a donné envie d’entreprendre ?

De retour sur le territoire à l’issue de mes études au Canada, je me suis rapidement heurtée à la non-reconnaissance de mes diplômes canadiens en France, ce qui m’a conduite à intégrer l’entreprise familiale NETO VITE.

Mon père, homme de terrain et de conviction, m’avait initiée au travail dès mon plus jeune âge, notamment durant les vacances scolaires où j’officiais en tant qu’agent d’entretien. À mon retour, j’ai dû me battre pour gravir les échelons, car pour lui, une fille de la famille se devait de travailler davantage que les autres pour mériter chaque avancement. C’est ainsi que j’ai successivement occupé les postes de chef d’équipe, chef de chantier, secrétaire, aide-comptable, puis responsable des ressources humaines d’une équipe de 180 personnes, avant de prendre la direction générale de la société.

Après 17 années au sein de cette entreprise familiale, j’ai souhaité élargir mes horizons. Je me suis installée en France métropolitaine où j’ai exercé en tant qu’assistante d’agence spécialisée dans les soins à domicile pour grands malades, puis comme responsable de filière nettoyage industriel au sein d’un groupe de 2 500 collaborateurs.

L’aventure m’a menée à La Réunion pour le rachat d’une société d’agencement intérieur. C’est à cette période que je me suis formée à l’hypnothérapie. Puis j’ai contribué à la création d’un centre de bien-être, avant d’occuper un poste de responsable d’exploitation au sein d’une unité de production de crèmes glacées avec point de vente.

C’est en pleine période de Covid que j’ai fait le choix de rentrer en Nouvelle-Calédonie, pour racheter et développer la société RE ART TECH.

Qu’est-ce qu’entreprendre en Nouvelle-Calédonie signifie pour vous aujourd’hui ?

Pour entreprendre, dans le système français, je me suis toujours dit qu’il fallait être un peu fou, avoir une bonne dose de courage, être acharné au travail, savoir gérer en bon père de famille, faire preuve d’une grande adaptabilité et avoir un peu de chance.

Pendant longtemps, je me suis sous-estimée en tant qu’insulaire. Jusqu’au jour où l’hexagone m’a prouvé que ces croyances étaient infondées.

J’en suis venue à une conviction profonde : nous n’avons pas à rougir de nos PME et TPE calédoniennes. Nos marchés étant de taille réduite, nous sommes contraints de piloter nos sociétés au plus près, avec des exigences de rentabilité élevées et une nécessité de nous adapter en permanence à une multitude de contraintes.

Par ailleurs, notre proximité avec l’Australie et la présence de propriétaires internationaux dans le secteur métallurgique ont conduit les entreprises calédoniennes à réaliser un bond considérable en quinze ans. Elles se sont structurées — sur les plans organisationnel, sécuritaire, logistique et en termes de sourcing — pour répondre aux exigences de groupes internationaux. De nombreuses PME calédoniennes sont ainsi aujourd’hui mieux organisées que certaines de leurs équivalentes métropolitaines.

À cela s’ajoute la richesse et la complexité de nos ressources humaines, composées de collaborateurs aux profils et aux cultures multiples. L’entrepreneur calédonien doit savoir intégrer cette diversité dans un cadre cohérent et performant. C’est parfois déroutant, voire déconcertant, mais apprendre à l’accepter, faire preuve d’ingéniosité et tirer parti de cette richesse peut générer une fierté, une force et une solidarité insoupçonnées lorsque cela fonctionne.

Je qualifierais volontiers l’entrepreneur calédonien de SUPER entrepreneur.

Je conclurai en disant qu’au regard de la situation économique difficile qui perdure, l’entrepreneur calédonien doit aujourd’hui faire preuve de plus de courage que jamais — être un battant, un père nourricier, avec une grande dose d’optimisme et un mental d’acier. Mais nous avons cela dans le sang. Un entrepreneur ne cesse d’avancer avec optimisme, c’est dans son ADN, et c’est souvent ce qui lui permet de tenir et de continuer.

C’est pourquoi je qualifierais volontiers l’entrepreneur calédonien de SUPER entrepreneur.

Quel conseil donneriez-vous à une jeune Calédonienne qui rêve d’entreprendre ?

Je leur énoncerai tous les inconvénients et le caractère qu’il faut pour les surmonter. Puis je leur dirai : soyez honnête vis-à-vis de vous-même et regardez en votre for intérieur — êtes-vous prête à affronter les difficultés ? Si oui, alors foncez, et vous réussirez.

Entreprendre n’est pas une question d’intelligence, mais de tempérament.

Ma formation au Canada m’a transmis la culture anglo-saxonne de l’échec : celui-ci est valorisé et considéré comme un apprentissage. Plus vous êtes tombé, plus vous êtes performant, car chaque chute vous a appris quelque chose.

Il ne faut donc pas laisser croire qu’être entrepreneur, c’est le paradis. Que l’on soit un homme ou une femme, tout le monde n’est pas fait pour travailler à son compte. Entreprendre n’est pas une question d’intelligence, mais de tempérament.

Chacun a ses domaines de prédilection. Je ne pourrais pas être informaticienne, non pas parce que je serais incapable de l’apprendre, mais simplement parce que cela ne m’attire pas. Et astronaute ? Je n’en ai pas le caractère. J’ai un tempérament trop libre pour m’imaginer enfermée dans une capsule à des milliers de kilomètres de la Terre.

Dans votre parcours, avez-vous ressenti que le fait d’être une femme changeait quelque chose dans l’expérience d’entreprendre ?

Oh que oui. À mes débuts, les femmes entrepreneurs étaient encore très rares, et plus encore dans mon domaine. Il n’y avait pratiquement que des hommes.

J’étais jeune, donc naturellement moins assurée. J’ai fait face à énormément de situations qui auraient pu me déstabiliser : la misogynie, les remarques sur mes attributs féminins, le regard de certains hommes incapables de concevoir qu’une femme puisse faire aussi bien qu’eux dans un secteur qu’ils considéraient comme le leur.

Mais tout au contraire, cela m’a cristallisée dans ma détermination et j’en ai fait une force. Cela m’a poussée à me surpasser en permanence.

J’ai également eu la chance de rencontrer des hommes remarquables, qui m’ont valorisée, qui m’ont appris, et qui veillaient même parfois à m’épargner certains coups. Dans l’absolu, nous sommes profondément complémentaires. Nous n’avons pas la même logique, nous n’abordons pas les situations de la même façon, et lorsque nous réunissons les deux approches, nous faisons des merveilles.

Les hommes ont par ailleurs réalisé d’énormes progrès sur ce sujet au cours des vingt dernières années. Ils sont désormais habitués à voir les femmes évoluer dans leur milieu et ne se sentent plus menacés. Leur regard a bien changé, même s’il reste encore du chemin à parcourir. Il m’arrive encore aujourd’hui d’être confrontée à des réactions surprises — de la part d’hommes comme de femmes — lorsqu’ils apprennent que je dirige seule cette société. « Mais votre mari travaille avec vous ? Vous avez un associé ? » Non. Et je vois bien que cela les déconcerte.

Les femmes évoluent aussi moins vite qu’elles ne le devraient. Elles ont toujours du mal à avoir confiance en elles, à se valoriser financièrement autant qu’un homme — et j’en suis le premier exemple.

Mais le plus grand défi demeure le juste équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Nous restons mères, épouses, et bien d’autres choses encore. Trouver le bon partage entre vie familiale et vie professionnelle est un combat permanent, source de culpabilité constante. La charge émotionnelle peut être lourde, tout comme la charge de travail, partagée entre la maison et l’entreprise.

Y a-t-il une leçon ou une conviction que votre parcours d’entrepreneure vous a appris et que vous aimeriez transmettre ?

La femme est tout autant capable que l’homme. Tout cela n’a rien à voir avec le genre — c’est une question de volonté, de tempérament et d’une envie chevillée au corps.

Si vous pouviez lancer une initiative ou créer un dispositif pour aider les femmes entrepreneures du territoire, que mettriez-vous en place ?

Si je devais lancer une initiative pour soutenir les femmes entrepreneures du territoire, je mettrais en place un mentorat sur le long terme.

Quand on entreprend, on traverse beaucoup d’étapes : les débuts, les doutes, les difficultés. Il faut du temps pour développer sa confiance et apprendre à prendre des décisions seule. Avoir à ses côtés quelqu’un qui est déjà passé par là peut faire une vraie différence.

Pour moi, l’objectif ne serait pas seulement d’aider à créer des entreprises, mais d’accompagner les entrepreneures dans la durée, le temps nécessaire pour se construire et traverser les épreuves.

Créer une entreprise est une étape. Se construire en tant qu’entrepreneure est un chemin. Et ce chemin ne devrait jamais se faire seule.

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