À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, la CPME Nouvelle-Calédonie poursuit sa série de portraits « Elles Entreprennent ». Rencontre avec Solenne de Sainte Marie, masseure kinésithérapeute, championne du monde de natation et fondatrice de SANTEO, qui défend une approche globale de la santé alliant sport, soins, prévention et bien-être.
Pouvez-vous nous raconter votre parcours et ce qui vous a donné envie d’entreprendre ?
J’ai d’abord construit mon parcours dans le sport de haut niveau. Devenir championne du monde de natation m’a appris la discipline, la persévérance et surtout l’importance du collectif, des mentors et des personnes qui croient en vous à certains moments clés.
Après ma carrière sportive, je me suis orientée vers la kinésithérapie. En accompagnant des patients au quotidien, j’ai rapidement pris conscience d’un enjeu plus large : beaucoup de problèmes de santé sont liés au mode de vie, au stress, au manque de mouvement ou à l’organisation du travail. Je me suis donc intéressée à la prévention, au bien-être et à la santé durable.
C’est ce qui m’a donné envie d’entreprendre. J’ai créé SANTEO pour proposer une approche globale qui combine sport, soins, prévention et bien-être. L’objectif est d’aider les personnes à rester actives, en bonne santé et autonomes le plus longtemps possible.
Entreprendre, pour moi, c’est aussi transmettre et créer des opportunités. Aujourd’hui, je développe des programmes de santé en entreprise, de la formation et des projets numériques pour rendre la prévention plus accessible. Mon envie est de contribuer, à mon échelle, à une économie qui prend mieux soin des personnes tout en créant de la valeur pour le territoire.
Entreprendre, pour moi, c’est aussi transmettre et créer des opportunités.
Qu’est-ce qu’entreprendre en Nouvelle-Calédonie signifie pour vous aujourd’hui ?
Entreprendre en Nouvelle-Calédonie, aujourd’hui, c’est avant tout un acte de conviction et d’engagement pour le territoire. Nous avons traversé des moments difficiles ces dernières années, mais je crois profondément à la capacité de la Nouvelle-Calédonie à se relever.
Entreprendre ici, c’est choisir de rester, d’investir, de créer de l’emploi et de continuer à construire malgré les incertitudes. C’est croire dans les talents locaux, dans l’énergie des entrepreneurs et dans la capacité collective à rebondir.
C’est aussi un territoire où l’impact d’une entreprise est très concret. Chaque projet compte, chaque initiative peut contribuer à renforcer le tissu économique et social. Cela donne à l’entrepreneuriat une dimension très responsable : nous ne faisons pas seulement tourner une entreprise, nous participons à la construction de l’avenir du pays.
Enfin, entreprendre en Nouvelle-Calédonie, c’est aussi transmettre et ouvrir des perspectives. Encourager les femmes et les jeunes à entreprendre, montrer que c’est possible, et construire des entreprises qui créent de la valeur tout en ayant du sens pour le territoire.
Dans votre parcours, avez-vous ressenti que le fait d’être une femme changeait quelque chose dans l’expérience d’entreprendre ?
Dans mon parcours, je n’ai pas vécu le fait d’être une femme comme un frein pour entreprendre. Je me suis surtout concentrée sur le projet, le travail et les résultats.
En revanche, être une femme apporte parfois une sensibilité particulière à certaines dimensions de l’entreprise : l’attention portée aux personnes, à la qualité des relations, à l’équilibre entre performance et bien-être. Dans les domaines de la santé et du bien-être, cette approche est d’ailleurs une vraie force.
Je suis aussi mère de trois enfants, et ma famille reste ma priorité. Le véritable défi est souvent là : trouver l’équilibre entre les responsabilités professionnelles et la vie familiale. Entreprendre demande beaucoup d’énergie, de temps et d’engagement, et cela suppose une organisation solide ainsi que le soutien de son entourage.
Je crois aussi que les femmes ont une capacité particulière à créer du lien, fédérer et faire émerger des projets collectifs. Et c’est souvent dans cette dynamique que naissent les entreprises qui ont le plus d’impact sur un territoire.
Quel conseil donneriez-vous à une jeune Calédonienne qui rêve d’entreprendre ?
Je lui dirais d’abord d’oser commencer, même si tout n’est pas parfait. Beaucoup de projets ne voient jamais le jour parce qu’on attend d’avoir toutes les réponses avant de se lancer. En réalité, on apprend surtout en faisant.
Oser commencer même si tout n’est pas parfait !
Je lui dirais aussi de ne pas laisser les autres décider à sa place de ce qui est possible ou non. Combien de fois m’a-t-on dit qu’il fallait choisir : entre le sport et les études, entre plusieurs ambitions. Pourtant, quelle fierté de monter sur le podium aux Jeux Olympiques avec mon diplôme de kinésithérapeute en poche et mon mari dans les tribunes.
Plus tard, en tant que kinésithérapeute, beaucoup m’ont aussi dit de ne pas faire de prévention, que ce qui fonctionnait pour les masseurs-kinésithérapeutes était uniquement ce qui était remboursé par la CAFAT. Pourtant, je croyais profondément à l’importance d’agir en amont pour la santé. C’est cette conviction qui m’a poussée à entreprendre et à créer des projets autour de la formation, la prévention, du sport et du bien-être.
Mon conseil serait donc simple : croire dans son idée, oser la mettre en action et travailler, persévérer et s’entourer de personnes qui encouragent à avancer.
L’entrepreneuriat demande de l’engagement et de la constance, mais quand un projet a du sens pour soi, on trouve l’énergie de dépasser les obstacles et de le faire grandir.
Si vous pouviez lancer une initiative ou créer un dispositif pour aider les femmes entrepreneures du territoire, que mettriez-vous en place ?
Je mettrais en place un programme d’accompagnement dédié aux femmes entrepreneures qui associerait développement de l’entreprise et équilibre personnel.
Ce dispositif proposerait bien sûr des ateliers très concrets pour entreprendre : stratégie, gestion, financement, développement commercial ou structuration d’une activité.
Mais j’y intégrerais aussi un volet souvent oublié : apprendre à se protéger, à se recentrer et à s’écouter. Les femmes portent souvent une charge mentale très importante entre l’entreprise, la famille et les responsabilités du quotidien. Savoir gérer son énergie, poser un cadre, prendre du recul et préserver son équilibre est essentiel pour durer dans l’entrepreneuriat.
L’idée serait donc de créer un espace et des formations où les femmes peuvent à la fois développer leur projet, renforcer leur solidité personnelle, se rencontrer pour partager les expériences, grâce à des temps d’échanges, des outils pratiques et un réseau de soutien entre entrepreneures du territoire.
Savoir gérer son énergie, poser un cadre, prendre du recul et préserver son équilibre est essentiel pour durer dans l’entrepreneuriat.
Y a-t-il une leçon ou une conviction que votre parcours d’entrepreneure vous a appris et que vous aimeriez transmettre ?
La leçon que j’aimerais transmettre est l’importance de la persévérance et de l’adaptabilité. Entreprendre est un chemin fait d’essais, d’ajustements et de difficultés. Il y aura toujours des moments de doute. La clé est de continuer à avancer, d’apprendre et d’ajuster sans perdre de vue sa vision.
Mon parcours m’a appris que les projets qui aboutissent sont souvent ceux portés avec conviction et constance dans la durée. Rien ne se construit du jour au lendemain, mais chaque étape, chaque effort finit par créer quelque chose de solide.
Enfin, j’ai compris que l’entrepreneuriat n’est jamais une aventure solitaire. Les rencontres, les collaborations et les personnes qui nous entourent jouent un rôle essentiel. C’est souvent grâce à ces liens et à cette énergie collective que les projets prennent de l’ampleur et peuvent avoir un impact réel sur le territoire.


