Marie-Elmège TINK LONG KI

Elles entreprennent : Marie-Elmège Tink Long Ki, racines locales, impact global

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Marie-Elmège Tink Long Ki

Racines locales, impact global

Marie-Elmège Tink Long Ki

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, la CPME Nouvelle-Calédonie poursuit sa série de portraits « Elles Entreprennent », dédiée aux femmes qui font vivre l’économie du territoire. Rencontre avec Marie-Elmège Tink Long Ki, spécialiste du conseil stratégique et de la croissance des dirigeants, Talent d’outre-mer confirmée « Entrepreneuriat et management » et lauréate du prix Talents de l’outre-mer 2025.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours et ce qui vous a donné envie d’entreprendre ?

Je viens d’une famille d’entrepreneurs, donc l’idée de créer et de bâtir a toujours fait partie de mon univers. J’ai d’ailleurs créé ma première société à la naissance de ma fille. J’ai ensuite poursuivi une carrière de cadre dirigeant dans de grands groupes internationaux, où je me suis spécialisée dans la conception de dispositifs de croissance et de développement pour les dirigeants. J’y ai notamment créé l’un des premiers incubateurs internes dédiés aux créateurs d’entreprises.

Après quatorze années dans cet environnement, j’ai été recrutée pour concevoir l’école du management d’un grand groupe sidérurgique en Chine. Sur le chemin vers la Chine, j’ai décidé que je serais plus impactante autrement : j’ai alors créé ma société de conseil stratégique, puis développé plusieurs entreprises, toujours avec la même ambition : contribuer à avoir un impact positif sur les dirigeants, les organisations et les territoires.

Mon ambition : contribuer à avoir un impact positif sur les dirigeants, les organisations et les territoires.

Qu’est-ce qu’entreprendre en Nouvelle-Calédonie signifie pour vous aujourd’hui ?

Entreprendre en Nouvelle-Calédonie aujourd’hui signifie être à la hauteur d’un moment historique. Le territoire est à un carrefour de son histoire et n’a pas d’autre option que de réussir, voire de devenir exemplaire pour d’autres territoires ultramarins.

Pour moi, entreprendre ici, c’est contribuer à quelque chose de plus grand que soi : participer à la construction d’un avenir économique, humain et collectif où chacun a sa place et où le territoire passe de création de valeur économique à une création de valeur régénérative sociale et humaine.

Cela passe aussi par la transmission, notamment auprès des jeunes femmes. On progresse souvent quand on voit chez l’autre quelqu’un qui nous ressemble et qui nous montre que c’est possible.

Entreprendre en Nouvelle-Calédonie, c’est enfin démontrer qu’on peut être profondément ancré dans sa culture tout en ayant une ambition ouverte sur le monde : des racines locales et un impact global — c’est d’ailleurs le slogan que l’on a choisi pour l’Institut des Hautes Études des 3 Océans.

Entreprendre en Nouvelle-Calédonie, c’est enfin démontrer qu’on peut être profondément ancré dans sa culture tout en ayant une ambition ouverte sur le monde.

Dans votre parcours, avez-vous ressenti que le fait d’être une femme changeait quelque chose dans l’expérience d’entreprendre ?

Oui, entreprendre en étant une femme expose parfois à certaines projections.

Il faut par exemple dépasser des réflexes encore présents : être prise pour la secrétaire, entendre demander à parler « au vrai patron », ou supposer qu’un mari finance l’entreprise. Il faut aussi apprendre à mettre à distance certaines attitudes ou tentatives de séduction déplacées.

Il existe également des croyances plus profondes, souvent culturelles ou personnelles : l’idée qu’une femme serait « trop » ou « pas assez » pour entreprendre.

Paradoxalement, je ne me suis jamais vraiment sentie limitée par cela. J’ai grandi dans une famille où mon père, chef d’entreprise, n’a jamais laissé entendre qu’être une femme pouvait empêcher de faire quoi que ce soit. Ma grand-mère disait : « Ne laisse personne te définir, rêve grand et surtout… pense à réaliser tes rêves. »

La stratégie n’a pas de genre, le leadership non plus…

Cette situation m’a plutôt poussée à développer deux forces : être extrêmement solide sur le plan technique, tout en restant très créative pour dépasser les projections et les prédictions d’échec du marché. J’ai élevé ma fille seule de ses 2 ans à 14 ans tout en étant chef d’entreprise. C’est une question d’organisation.

J’ai élevé ma fille seule de ses 2 ans à 14 ans tout en étant chef d’entreprise. C’est une question d’organisation.

Quel conseil donneriez-vous à une jeune Calédonienne qui rêve d’entreprendre ?

Je lui conseillerais de ne jamais cesser d’apprendre. Mettre en place une routine d’apprentissage : personnellement, je consacre 1 h 30 par jour à de l’apprentissage. Je me forme en continu auprès des meilleurs dans leur domaine.

Les idées sont importantes, mais ce sont la maîtrise et la rigueur qui permettent de durer.

Un conseil : ne cessez jamais d’apprendre !

Y a-t-il une leçon ou une conviction que votre parcours d’entrepreneure vous a appris et que vous aimeriez transmettre ?

La leçon que j’aimerais transmettre est simple : ne laissez pas les projections des autres définir ce qui est possible pour vous.

Ce qui fait la différence sur la durée, ce n’est pas de ne jamais tomber, c’est de continuer à avancer malgré les incertitudes.

Si vous pouviez lancer une initiative ou créer un dispositif pour aider les femmes entrepreneures du territoire, que mettriez-vous en place ?

Entreprendre ne se limite pas à créer une activité : c’est aussi transmettre, structurer et ouvrir des chemins pour celles qui viendront après.

C’est pourquoi j’ai souhaité développer des initiatives qui contribuent à structurer et à transmettre l’entrepreneuriat féminin dans les territoires ultramarins au sein même de l’IHE3O. Deux projets ont ainsi vu le jour.

Le premier, Liane Vanille, vise à créer un véritable maillage entre femmes entrepreneures des territoires ultramarins, afin de favoriser les échanges d’expérience, les coopérations et les opportunités économiques entre nos territoires.

Le second, MELINA, s’adresse aux jeunes femmes de moins de 35 ans qui souhaitent créer ou reprendre une entreprise. L’objectif est de leur offrir un cadre d’accompagnement pour transformer leurs idées en projets solides et durables.

Si je devais aller plus loin encore, mon souhait serait de donner davantage d’ampleur à ces initiatives, afin qu’elles puissent bénéficier à un plus grand nombre d’entrepreneures et contribuer à structurer, dans la durée, un véritable écosystème d’entrepreneuriat féminin dans nos territoires.

Envie d’aller plus loin ?

Écoutez Marie-Elmège Tink-Long-Ki dans le podcast La Voix, épisode « Au-delà des clichés », où elle partage son parcours et sa vision du leadership ultramarin : écouter l’épisode.

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