Cécile RIVIÈRE

Elles entreprennent : Cécile Rivière, faire entendre les voix du Pacifique

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Cécile Rivière

Faire entendre les voix du Pacifique

Cécile Rivière

Dans le cadre de sa série « Elles Entreprennent », publiée à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, la CPME Nouvelle-Calédonie donne la parole aux femmes qui entreprennent sur le territoire. Rencontre avec Cécile Rivière, ancienne sage-femme devenue auteure et productrice audiovisuelle, cofondatrice d’Ethnotracks Prod et secrétaire et cofondatrice de l’association Myrjana.Org.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours et ce qui vous a donné envie d’entreprendre ?

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours écrit.

Des journaux de famille, aux magazines de santé féminin, l’écriture a accompagné toutes les étapes de ma vie. Mais mon premier métier est d’être sage-femme.

Pendant plus de vingt ans, j’ai exercé auprès des femmes et me suis épanouie en bâtissant mes valeurs autour d’un féminisme océanien. Jusqu’à ressentir l’urgence d’être militante autrement et de raconter davantage ma réalité.

J’ai alors travaillé dans l’ombre auprès du réalisateur Stéphane Ducandas, en tant que scripte doctor, puis progressivement, j’ai écrit seule mes premiers films documentaires, portée par cette nécessité de montrer nos vérités et de m’engager.

Je me suis inscrite à une formation à distance dispensée par la FEMIS. J’ai lu, cherché, appris. En 2021, avec Stéphane Ducandas, j’ai cofondé ETHNOTRACKS PROD et suis devenue officiellement auteure et productrice.

Et parce qu’on n’abandonne jamais son titre de sage-femme, je continue à m’investir auprès des femmes, dans un contexte associatif.

Qu’est-ce qu’entreprendre en Nouvelle-Calédonie signifie pour vous aujourd’hui ?

Lorsque je me suis engagée dans l’écriture et la production de films documentaires, je ne mesurais pas encore à quel point montrer, c’est inspirer.

Notre territoire regorge de forces à révéler et de voix à faire entendre. À travers mes films, j’aspire à rendre visibles ces chemins d’inspiration et à faire entendre les voix du Pacifique, celles qui racontent notre histoire, nos luttes et nos espoirs.

Entreprendre en Nouvelle-Calédonie, à mon sens, c’est créer notre société à notre image et selon nos valeurs.

Entreprendre en Nouvelle-Calédonie, à mon sens, c’est créer notre société à notre image et selon nos valeurs. C’est choisir d’être bâtisseur, car il y a encore tant à faire : non seulement pour construire – ou reconstruire – économiquement, mais surtout pour contribuer à la naissance d’une certaine unité sociale.

Les femmes ont pleinement leur part à prendre dans cette entreprise collective. Nous, filles, femmes ou mères, riches de toutes nos cultures entremêlées, portons la puissance de l’enracinement, de la créativité et de la résilience.

Entreprendre au féminin, c’est construire un modèle différent qui façonne avec patience, une société plus solidaire, ouverte à l’autre et à la différence, capable de remettre sans cesse l’humain au centre.

Quel conseil donneriez-vous à une jeune Calédonienne qui rêve d’entreprendre ?

C’est en faisant qu’on découvre qu’on est capable de faire ! Alors si vous avez envie d’entreprendre, abordez les étapes, une après l’autre, et faites appel au réseau des femmes qui vous entourent.

Aux femmes de ma vie, ma mère, mes sœurs, mes amies… je dois tout : les mains tendues pour me relever lorsque je suis tombée, la confiance et la détermination dans mes moments de doute, l’amour face à l’adversité, les petits plats réconfortants, les gestes tendres…

Autour de vous, les femmes sont inspirantes. Elles sont vos meilleurs atouts.

Y a-t-il une leçon ou une conviction que vous souhaiteriez transmettre ?

On vient à bout des projets les plus ambitieux, pas à pas, méthodiquement ou intuitivement.

Ce dont je suis certaine, c’est de la capacité des femmes à façonner leur monde et à construire une société plus juste.

Si vous pouviez lancer une initiative ou créer un dispositif pour aider les femmes entrepreneures du territoire, que mettriez-vous en place ?

L’année dernière, j’ai participé à des événements spécialement organisés pour les femmes cheffes d’entreprise, notamment le Nouméa’s Women Forum. Des évènements passionnants mais très vite, j’ai constaté qu’il était difficile de créer de véritables liens avec les autres participantes.

Je proposerais donc de mettre en place un espace régulier et convivial dédié aux femmes entrepreneures et à leurs collaboratrices, pensé pour aller bien au-delà des forums ponctuels ou des événements de networking classiques.

Chaque atelier serait organisé autour d’une thématique et d’un profil concret : gestion d’entreprise, communication, leadership, administratif, développement commercial, financement, mais aussi partage d’expérience entre entrepreneures. L’idée serait que chacune puisse à la fois transmettre ses compétences, demander conseil et trouver des solutions concrètes grâce au collectif.

Ces rencontres permettraient également d’aborder plus librement certaines réalités encore trop peu discutées dans le monde professionnel : discriminations sexistes, charge mentale, équilibre entre vie personnelle et entrepreneuriat, harcèlement ou manque de reconnaissance dans certains secteurs.

L’idée est simple : reconnaître toute la richesse, la complexité et la force des femmes entrepreneures, tout en construisant un véritable réseau solidaire sur le territoire.

Dans votre parcours, avez-vous ressenti que le fait d’être une femme changeait quelque chose dans l’expérience d’entreprendre ?

Avant d’être entrepreneure, je suis une femme, je navigue sur l’essence même de ce qui me définit.

Il m’a fallu une dizaine d’années pour comprendre qu’il s’agissait d’une force. Dès lors que j’ai pris conscience de tous les potentiels qu’être femme pouvait m’offrir, j’ai enfin posé sur moi un regard bienveillant.

Dès lors que j’ai pris conscience de tous les potentiels qu’être femme pouvait m’offrir, j’ai enfin posé sur moi un regard bienveillant.

Alors oui, je dirige comme une femme : de manière cyclique probablement, maternante parfois, parce que cela me définit aussi, mais pourtant, d’une manière efficace.

C’est insuffisamment accepté, parce que nous n’avons pas encore pleinement rompu avec les systèmes de dominations historiques hérités.

Il nous reste du chemin pour décoloniser aussi bien nos esprits que l’entreprenariat. Mais quel pouvoir de s’en rendre compte et de se comprendre. Je sais abattre des tâches répétitives et mécaniques, je sais être clairvoyante et intuitive, je sais imaginer et être créative. Je sais être juste et empathique.

Rien n’est un frein pour une femme qui se sait, sauf peut-être la capacité à déléguer et à accepter de prendre du temps pour soi…

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