Anne-Lise BARBOU VANDANGE

Elles entreprennent : Anne-Lise Barbou Vandange, à la tête de Nouméa Ambulances

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Anne-Lise Barbou Vandange

À la tête de Nouméa Ambulances

Anne-Lise Barbou Vandange

Dans le cadre de sa série « Elles entreprennent », publiée à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, la CPME Nouvelle-Calédonie met en lumière des parcours de femmes cheffes d’entreprise du territoire. Rencontre avec Anne-Lise Barbou Vandange, dirigeante de Nouméa Ambulances, qui évolue depuis 19 ans dans le secteur ambulancier, une profession réglementée et exigeante.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours et ce qui vous a donné envie d’entreprendre ?

Je suis diplômée en commerce international et en économie. Je pense que ce sont mes études qui m’ont donné l’envie d’entreprendre.

Ça a été pour moi l’opportunité de vivre mes premières expériences en entreprise à l’étranger. J’ai exercé à l’export au sein d’une grande société industrielle néo-zélandaise.

Je trouvais exaltant de collaborer avec les différents départements, de la production à la R&D, etc., pour arriver à un produit fini satisfaisant nos clients.

Mon directeur général de l’époque m’a transmis de riches enseignements, notamment sur sa gestion managériale. Je me souviens avoir pensé : faire partie de l’équipe c’est bien, mais être le chef d’orchestre c’est mieux. J’ai dû rentrer en Nouvelle-Calédonie pour des raisons personnelles.

J’ai dirigé plusieurs entreprises et suis arrivée dans le secteur ambulancier, une profession réglementée, sans savoir que celui-ci était sinistré comme bon nombre de professions de santé. C’est un véritable challenge de tous les jours et ça fait 19 ans que ça dure.

Qu’est-ce qu’entreprendre en Nouvelle-Calédonie signifie pour vous aujourd’hui ?

Si l’on parle d’entreprendre en Nouvelle-Calédonie en 2026, je dirais que c’est de l’ordre du défi. Mais c’est également plus que jamais nécessaire après les différentes crises que nous avons connues.

Entreprendre en Nouvelle-Calédonie en 2026 ; je dirais que c’est de l’ordre du défi. Mais c’est également plus que jamais nécessaire.

Même si le contexte politique ne s’y prête pas, le territoire a besoin de femmes et d’hommes prêts à relever leurs manches. Entreprendre, c’est aussi s’engager dans la reconstruction économique ; c’est un vecteur d’emplois primordial qui joue pleinement son rôle social.

Entreprendre, c’est redonner de l’espoir à la population, qu’elle puisse se projeter et prendre des décisions d’avenir ; c’est contribuer à la relance de la machine économique et à la paix sociale.

Et puis en Nouvelle-Calédonie, tout reste à développer. Même si les coûts de production sont élevés, se positionner sur des produits à forte valeur ajoutée ou des stratégies de niches à l’export ne sont pas mission impossible. Plusieurs secteurs ont déjà démontré leur grand savoir-faire et on ne peut qu’encourager à entreprendre dans des activités sous ou peu développées.

Nous avons par exemple une grande zone économique exclusive qui, à mon sens, est complètement sous-exploitée ; nous ne sommes pas en autonomie alimentaire, etc. Tout cela pour dire qu’il y a énormément de secteurs dans lesquels entreprendre.

Quel conseil donneriez-vous à une jeune Calédonienne qui rêve d’entreprendre ?

Je dirais déjà oser faire le pas, passer le cap ; transformer ses peurs en force pour avancer.

Aussi, se former autant que possible et ne pas hésiter à se rapprocher des syndicats patronaux, des chambres consulaires, car lorsque l’on se lance dans l’entrepreneuriat, on ne peut pas tout savoir, et donc s’aider de personnes ou organismes ressources est essentiel.

Et puis de ne pas craindre les échecs : ce n’en sont jamais, ce sont juste des leçons à tirer pour pouvoir mieux rebondir.

Y a-t-il une leçon ou une conviction que vous souhaiteriez transmettre ?

Ce que je sais surtout, c’est que l’entrepreneuriat n’est pas une promenade de santé.

Quand on traverse des périodes difficiles — baisse du chiffre d’affaires, trésorerie au bord du gouffre — on est poussé dans ses retranchements. Mais c’est justement dans ces moments-là que l’on va chercher de nouvelles ressources, que l’on fait émerger des idées et des solutions pour continuer à avancer.

C’est aussi là que la confiance se reconstruit, avec l’envie de poursuivre l’aventure. C’est ce qui nous fait nous lever chaque jour — mais pas seulement. En tant que cheffe d’entreprise, je suis responsable, avant tout, de mes 15 collaborateurs. C’est un rôle essentiel.

En tant que cheffe d’entreprise, je suis responsable, avant tout, de mes 15 collaborateurs. C’est un rôle essentiel.

Je veille à ne pas mettre de pression inutile : lorsque chacun est à sa place et travaille sereinement, cela crée une équipe efficace. L’ambiance de travail doit rester positive autant que possible. Et lorsqu’un déséquilibre s’installe, je prends des décisions rapidement pour préserver la cohésion, car la santé mentale au travail est un facteur clé de performance.

Dans votre parcours, avez-vous ressenti que le fait d’être une femme changeait quelque chose dans l’expérience d’entreprendre ?

Je ne l’ai pas ressenti dans le modèle anglo-saxon. En revanche, dans le modèle français, il y a encore quelques décennies, c’était une réalité.

À mon retour en Nouvelle-Calédonie, tous les postes auxquels je postulais m’étaient refusés, avec toujours la même réponse : « vous êtes compétente, mais c’est un poste à responsabilité pour un homme ».

Avec le recul, cela a été un mal pour un bien, car cela m’a poussée à me lancer à mon compte. Cela demande beaucoup de remises en question, une grande capacité de travail et des efforts constants. Cela implique aussi des sacrifices personnels — mais quand on veut que ça fonctionne, il faut accepter de faire des choix.

Être une femme cheffe d’entreprise apporte sans doute une approche différente, parfois plus douce. Mais cela nécessite avant tout de poser un cadre clair, en particulier lorsque l’on dirige des équipes majoritairement masculines. Lorsqu’il faut recadrer, sanctionner ou prendre des décisions difficiles, cela demande de la fermeté et une certaine intransigeance, même si l’exercice peut être délicat.

Être une femme cheffe d’entreprise apporte sans doute une approche différente. Mais cela nécessite avant tout de poser un cadre clair, en particulier lorsque l’on dirige des équipes majoritairement masculines.

Pour ma part, je ne suis pas dans le contrôle permanent. L’essentiel est que le travail soit fait. J’accorde donc une certaine souplesse dans le management, tout en veillant à maintenir un cadre solide.

Si vous pouviez lancer une initiative ou créer un dispositif pour aider les femmes entrepreneures du territoire, que mettriez-vous en place ?

La première serait de renforcer la coopération régionale, notamment avec l’Asie, comme cela existe déjà avec nos voisins anglo-saxons.

Les expériences à l’étranger, à travers des stages ou des parcours professionnels, sont extrêmement formatrices. Elles permettent de développer l’ouverture d’esprit, d’acquérir des compétences et de gagner en expérience.

Elles peuvent aussi faire émerger des vocations et ramener des idées nouvelles à développer localement.

La seconde serait de structurer — si ce n’est pas déjà le cas — un réseau de business angels et de partenaires financiers ou silent partners, capables d’apporter un véritable soutien au lancement des entreprises.

L’accès au financement reste un levier clé pour permettre aux projets de se concrétiser et de se développer dans la durée.

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